🔮 Des associations et des OSC dĂ©noncent des « actes de gouvernance sociopolitique nĂ©gatifs » (DĂ©claration)

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Des organisations de la société civile et des associations ont fustigé, dans une déclaration ce mercredi, des « actes de gouvernance sociopolitique négatifs » des autorités de transition. Elles dénoncent une situation qui divise systématiquement les Burkinabé en deux catégories, les « patriotes » et les « apatrides ».

« Une division stigmatisante, souvent accompagnĂ©e de menaces de toutes sortes profĂ©rĂ©es par des groupuscules instrumentalisĂ©s, des arrestations et dĂ©tentions arbitraires, ainsi que des enrĂŽlements forcĂ©s dans le but de rĂ©primer toute voix critique Ă  l’Ă©gard de la gestion actuelle du pouvoir d’État », indiquent les signataires de la dĂ©claration. Et de relever que « Il est impĂ©ratif de respecter le serment du Chef de l’État, au nom des principes de l’État de droit, et de mettre fin Ă  ces enlĂšvements de citoyens burkinabĂš en totale violation de notre Constitution et des lois de la RĂ©publique ».

Les signataires incluent : JB – Association KĂ©bayina des femmes du Burkina, Balai Citoyen, CCVC/Ouaga, CDAIP, CGD, CIDOC, CISC CNP/NZ, MBDHP, REN-LAC.

Lire l’intĂ©gralitĂ© de la dĂ©claration đŸ‘‡đŸœ

DECLARATION SUR LA SITUATION NATIONALE

C’est avec une profonde affliction que nos organisations font l’amer constat de ce que la situation nationale reste indĂ©niablement marquĂ©e par la crise sĂ©curitaire imposĂ©e Ă  notre pays, avec son lot de drames et de dĂ©solation.

Au cours de ces trois derniers mois, nous avons Ă  nouveau, enregistrĂ© de nombreux blessĂ©s et perdu des Ă©lĂ©ments de nos Forces de dĂ©fense et de sĂ©curitĂ© (FDS), des Volontaires pour la dĂ©fense de la patrie (VDP) ainsi que des civils, lĂąchement tuĂ©s par des hordes sauvages qui Ă©cument nos villes et campagnes depuis bientĂŽt une dizaine d’annĂ©es.

RĂ©cemment encore, au cours du week-end du 24 au 25 fĂ©vrier 2024 notamment, dans ses rĂ©gions du nord et de l’est, notre pays a Ă©tĂ© endeuillĂ© par des tueries Ă  trĂšs grande Ă©chelle ayant occasionnĂ© des centaines de morts d’élĂ©ments des FDS, de VDP ainsi que de trĂšs nombreuses populations civiles. Plusieurs autres attaques ont Ă©tĂ©, par la suite, notĂ©es par nos organisations ; ce qui dĂ©note du caractĂšre dĂ©lĂ©tĂšre de la situation sĂ©curitaire actuelle de notre pays.

En ces moments extrĂȘmement douloureux et prĂ©occupants pour la nation entiĂšre, nos organisations saluent respectueusement la mĂ©moire des victimes, prĂ©sentent leurs condolĂ©ances aux familles des disparus et souhaitent un prompt rĂ©tablissement aux blessĂ©s. Elles encouragent les FDS et les VDP qui, au prix d’énormes sacrifices, assurent la sĂ©curitĂ© des BurkinabĂš.

Ces dures Ă©preuves ne devraient en aucun cas Ă©mousser l’esprit de rĂ©silience, Ă  fortiori entamer l’engagement du peuple burkinabĂš Ă  vaincre l’hydre terroriste qui, voilĂ  bientĂŽt dix ans, endeuille nos villes et campagnes.

HĂ©las, alors qu’elle constitue une condition sine qua-non pour la victoire contre les forces du mal, la cohĂ©sion nationale tant souhaitĂ©e par les burkinabĂš est quotidiennement mise Ă  rude Ă©preuve par des actes de gouvernance sociopolitique nĂ©gatifs, en total dĂ©phasage avec cette nĂ©cessitĂ© de l’heure.

En effet, le constat fait de la division systĂ©matique des burkinabĂš en deux catĂ©gories (les « patriotes » et les « apatrides ») constitue l’autre Ă©lĂ©ment de prĂ©occupation majeure du moment.

Une division stigmatisante, gĂ©nĂ©ralement sous-tendue par des menaces de toute nature profĂ©rĂ©es par des groupuscules instrumentalisĂ©s, des arrestations et dĂ©tentions arbitraires, des enrĂŽlements forcĂ©s Ă  des fins de traitements inhumains et dĂ©gradants de toute voix Ă©mettant une opinion critique nĂ©gative sur la gestion actuelle du pouvoir d’Etat.

Aujourd’hui encore, il est ainsi loisible de constater qu’à la suite de la dĂ©cision du tribunal administratif de Ouagadougou en date du 06 dĂ©cembre 2023 (suspendant l’ordre de rĂ©quisition de RasmanĂ© ZINABA, Bassirou BADJO et Issaka LINGANI), les ordres de rĂ©quisition jadis servis Ă  la tĂȘte du client, semblent avoir fait place Ă  une pratique tout aussi nocive et dangereuse qui a cours et s’amplifie en ces moments : celle d’arrestations de citoyens (parfois en pleine rue) par des individus vĂȘtus de tenues civiles, encagoulĂ©s ou se prĂ©sentant Ă  visage dĂ©couvert comme Ă©tant des Ă©lĂ©ments de Forces de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure (FSI).

S’opĂ©rant au mĂ©pris de toute procĂ©dure rĂ©guliĂšre prescrite par les lois et rĂšglements de la RĂ©publique, ces pratiques ne constituent ni plus, ni moins, que des enlĂšvements, ainsi que les qualifient Ă  juste titre nos organisations et l’opinion publique nationale et internationale.

En rappel, l’article 3 de la Constitution du Burkina Faso dispose que « nul ne peut ĂȘtre privĂ© de sa libertĂ©, s’il n’est poursuivi pour des faits prĂ©vus et punis par la loi » et que, « nul ne peut ĂȘtre arrĂȘtĂ©, gardĂ©, dĂ©portĂ© ou exilĂ© qu’en vertu de la loi ».Or, les personnes enlevĂ©es le sont gĂ©nĂ©ralement sans motif officiel dĂ©clarĂ© et sont dĂ©tenues dans des lieux tenus secrets par leurs ravisseurs.

Il souviendra Ă  tous les BurkinabĂš que, le vendredi 21 octobre 2022, devant les membres du Conseil constitutionnel, le Chef de l’Etat a solennellement pris l’engagement de respecter et de faire respecter la Constitution, en jurant devant le peuple burkinabĂš et sur son honneur, « de prĂ©server, de respecter, de faire respecter et de dĂ©fendre la Constitution, la Charte de la transition et les lois. De tout mettre en Ɠuvre pour garantir la justice Ă  tous les habitants du Burkina Faso ».

Bien qu’ayant Ă©tĂ© rĂ©cemment rĂ©visĂ©e, notre Constitution n’a ni modifiĂ©, Ă  fortiori retirĂ© les dispositions de l’article 3 sus-citĂ©es de son corpus. Ces dispositions continuent donc de proscrire les violations des libertĂ©s individuelles et collectives, les arrestations arbitraires, les enlĂšvements et autres disparitions forcĂ©es.

De ce fait, il apparait impĂ©ratif que soit respectĂ© le serment du Chef de l’Etat, au nom des principes de l’Etat de droit, et que cessent ces enlĂšvements de citoyens burkinabĂš en totale violation de notre Constitution et des lois de la RĂ©publique.

De la longue liste de personnes (anonymes et connues, dont l’expert en sĂ©curitĂ© informatique Younoussa SANFO) ainsi enlevĂ©es, nos organisations avaient, dans un communiquĂ© publiĂ© le 29 janvier 2024 suite Ă  la tentative d’enlĂšvement de Moussa DIALLO, SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la CGT-B, citĂ© quelques noms, dont ceux de :

– El hadj Mahamoudou DIALLO, Imam de la mosquĂ©e de Sikassossira,

– Anselme KAMBOU, opĂ©rateur Ă©conomique ;

– Wahabou DRABO, ministre des sports sous le MPSR I ;

– Docteur Daouda DIALLO secrĂ©taire exĂ©cutif du CISC ;

– Idrissa KABORE, habitant Ă  Pouytenga ;

– Docteur AblassĂ© OUEDRAOGO, prĂ©sident du parti Le Faso Autrement ;

– Lamine OUATTARA du MBDHP ;

– MaĂźtre Guy HervĂ© KAM, avocat Ă  la cour et coordonnateur du mouvement SENS.

Depuis, les agents commis aux enlĂšvements et arrestations arbitraires ont allongĂ© cette liste, avec l’enlĂšvement de RasmanĂ© ZINABA et de Bassirou BADJO, respectivement les 20 et 21 fĂ©vrier 2024 et l’arrestation, le 19 mars 2024, de GĂ©rard IsmaĂ«l SANOU, SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Mouvement Sauvons la Kossi (MSK).

Ces commis aux enlĂšvements semblent Ă©galement avoir dorĂ©navant mis le cap sur les campus universitaires de Ouagadougou avec l’enlĂšvement, fin janvier 2024, de Issaka OUEDRAOGO, Alexis NACOULMA, Ousmane TOU et Seydou SAWADOGO, et ceux de Paul DAMIBA et Hamidou SAVADOGO, tous deux dĂ©lĂ©guĂ©s de promotion Ă  l’UFR/SVT, mi-fĂ©vrier 2024.

A ces enlĂšvements rĂ©currents s’ajoute la dĂ©fiance ouverte de l’AutoritĂ© judiciaire par les tenants actuels du pouvoir, avec le refus d’exĂ©cuter des dĂ©cisions de justice, comme celles ordonnant d’une part, la suspension de l’ordre de rĂ©quisition de RasmanĂ© ZINABA, Bassirou BADJO et Issaka LINGANI et d’autre part, la libĂ©ration de Anselme KAMBOU et de MaĂźtre Guy HervĂ© KAM.

Il est temps que cela cesse ! Car, quand bien mĂȘme serions-nous en situation de guerre, il importe de ne point en tirer prĂ©texte mais plutĂŽt, de veiller Ă  ce que ne soient point remis au goĂ»t du jour, les pratiques des rĂ©gimes d’exception d’antan, contre lesquelles le peuple burkinabĂš s’est vaillamment battu.

Avec de telles pratiques, suscitant rancƓurs et aiguisant des sentiments de haine et de vengeance, les appels Ă  l’union des forces des filles et fils du Burkina pour lutter contre le terrorisme risquent hĂ©las d’ĂȘtre et de demeurer vains.

C’est pourquoi, nos organisations, tout en rĂ©itĂ©rant leur ferme condamnation des attaques terroristes, lĂąches et barbares contre notre peuple :

1) Dénoncent et condamnent la pratique des enlÚvements de citoyens, qui ouvre la voie à toutes les dérives possibles ;

2) Appellent instamment le gouvernement Ă  :

– respecter et faire respecter l’ensemble des dispositions de la Constitution, ainsi que le Chef

de l’Etat lui-mĂȘme en a pris l’engagement lors de sa prestation de serment, le 21 octobre

2022 ;

– faire procĂ©der Ă  la libĂ©ration sans dĂ©lai ni condition de toute personne illĂ©galement arrĂȘtĂ©e

et arbitrairement détenue au regard de la loi ;

– faire proscrire dĂ©finitivement la pratique des enlĂšvements de citoyens et de leur dĂ©tention

illégale ;

– asseoir une stratĂ©gie de lutte antiterroriste qui favorise une large adhĂ©sion et une

implication effective et efficiente des populations sur l’ensemble du territoire national ;

– veiller, dans ce contexte de lutte contre le terrorisme, Ă  conformer les pratiques des Forces de dĂ©fense et de sĂ©curitĂ© aux principes des droits humains et aux rĂšgles de l’Etat de droit, afin de favoriser la nĂ©cessaire collaboration des populations, pour la victoire et la reconquĂȘte

totale du territoire national ;

– prendre des mesures spĂ©ciales et rigoureuses de protection des populations civiles, aussi

bien contre les attaques des groupes terroristes que contre toutes dérives de FDS et/ou de VDP.

3) Encouragent fortement la Justice à enregistrer et traiter sans faiblesse, toute plainte pour enlÚvement et détention arbitraire de citoyens ;

4) Appellent à nouveau leurs militants et sympathisants, ainsi que toute personne soucieuse du respect des droits humains à se mobiliser contre les enlÚvements, détentions arbitraires et disparitions forcées de citoyens et pour la préservation des libertés démocratiques chÚrement acquises.

 NON AU TERRORISME, SOURCE DE VIOLATIONS DES DROITS HUMAINS !

 POUR LA MISE EN ƒUVRE D’UNE POLITIQUE INTELLIGENTE ET RESPONSABLE DE LUTTE CONTRE LE TERRORISME, MOBILISATION ET LUTTE !

Ont signé

Association des Journalistes du Burkina (AJB) Association KĂ©bayina des femmes du Burkina Balai Citoyen, Coalition Nationale de lutte contre la vie chĂšre, la corruption, la fraude, l’impunitĂ© et pour les libertĂ©s – Section de Ouagadougou (CCVC/Ouaga)

ComitĂ© de DĂ©fense et d’Approfondissement des Acquis de l’Insurrection Populaire (CDAIP) Centre pour la Gouvernance DĂ©mocratique (CGD)

Centre d’Information et de Documentations Citoyennes (CIDOC)

Collectif contre l’ImpunitĂ© et la Stigmatisation des CommunautĂ©s (CISC)

Centre National de Presse Norbert ZONGO (CNP/NZ)

Mouvement BurkinabĂš des Droits de l’Homme et des Peuples (MBDHP) RĂ©seau National de Lutte Anti-Corruption (REN-LAC)

Ouagadougou, le 27 mars 2024

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