🔮Tenue des assises nationales : le Front Patriotique pose des prĂ©alables

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Le Front Patriotique, dans une déclaration ce mardi, a posé comme préalable à la tenue des assises nationales, la clarification des objectifs de ces assises et la qualité des participants à ce rendez-vous.

Les Front Patriotique Ă©voque des « dĂ©rives observĂ©es au cours de l’Ă©volution de cette transition » et exige entre autres avant la convocation des assises nationales :

👉🏿 la levĂ©e de la suspension des activitĂ©s des partis politiques et organisations de la sociĂ©tĂ© civile,

👉🏿 l’exĂ©cution des dĂ©cisions de justice et

👉🏿 le retour des citoyens envoyĂ©s au front pour leur opinion.

IntĂ©gralitĂ© de la dĂ©claration Ă  lire ici đŸ‘‡đŸŸ

 

 

 

 

DECLARATION DU FRONT PATRIOTIQUE SUR LA FIN DE LA TRANSITION

RĂ©unis en sĂ©ance plĂ©niĂšre le 26 avril 2024, les dĂ©putĂ©s de l’AssemblĂ©e LĂ©gislative de Transition (ALT) ont adoptĂ© la proposition de loi portant accord pour l’organisation des assises nationales.
Cette proposition donne quitus au gouvernement de « convoquer les forces vives de la Nation dans le cadre des Assises nationales » qui doivent « dĂ©libĂ©rer sur la suite de la Transition » et ĂȘtre organisĂ©es au plus tard « un mois avant la fin de la transition », fixĂ©e au 1er juillet 2024 par la charte de la Transition.
Cette proposition survient non seulement Ă  deux mois de la fin officielle de l’actuelle Transition, mais aussi Ă  une pĂ©riode oĂč plusieurs organisations s’expriment de maniĂšre trĂšs critique sur l’évolution de la situation nationale, marquĂ©e par des atteintes aux droits et Ă  la libertĂ© des citoyens et sur l’effondrement de la situation Ă©conomique.
La tenue d’Assises nationales correspond Ă  une proposition faite rĂ©guliĂšrement par le Front Patriotique (FP), notamment dans sa Lettre ouverte du 22/05/23 au PrĂ©sident de la Transition, dans laquelle il demandait de :
– « Mettre en place des groupes de travail pour rĂ©flĂ©chir aux propositions de rĂ©formes politiques, administratives, institutionnelles, sociales et Ă©lectorales endogĂšnes ;
– Convoquer dans les plus brefs dĂ©lais de nouvelles Assises nationales inclusives avec la participation des forces sociales lĂ©gitimes et reprĂ©sentatives, pour une Transition inclusive et plus consensuelle. »

Dans le bilan qu’il faisait en octobre 2023 de l’An 1 du MPSR-2, le Front Patriotique recommandait de nouveau de « convoquer dans les plus brefs dĂ©lais de nouvelles assises nationales inclusives avec la participation des forces sociales lĂ©gitimes et reprĂ©sentatives, pour une Transition inclusive et plus consensuelle »
Au regard des dĂ©rives observĂ©es au cours de l’évolution de cette transition, le Front Patriotique estime qu’un prĂ©alable est exigĂ© avant la convocation des assises nationales. Il s’agit :

-de la levĂ©e de suspension sur l’interdiction des activitĂ©s des partis politiques et des organisations de la sociĂ©tĂ© civile ;
-de la libération de tous les citoyens (civils comme militaires) tenus au secret ;
-du retour des citoyens envoyés au front pour leurs opinions ;
-de l’exĂ©cution des dĂ©cisions de justice.
Par ailleurs, deux choses au moins mĂ©ritent d’ĂȘtre Ă©galement clarifiĂ©es :
– les objectifs de ces Assises nationales
– et la composition des « forces vives » qui y seront prĂ©sentes.

SUR LES OBJECTIFS DES ASSISES NATIONALES
Contrairement Ă  ce que pensent certains esprits simplistes, les Assises nationales ne devraient pas seulement discuter de la nouvelle date limite Ă  fixer pour la fin de la Transition, en laissant celle-ci se poursuivre dans l’opacitĂ© et le secret comme elle se dĂ©roule depuis dix-huit mois. Elles devraient commencer par en faire le bilan, notamment par rapport aux missions essentielles que la Transition s’était donnĂ©es en s’installant en octobre 2022, Ă  savoir :
1. ‱ « RĂ©tablir et renforcer la sĂ©curitĂ© sur l’ensemble du territoire national ;
2. ‱ Apporter une rĂ©ponse urgente, efficace et efficiente Ă  la crise humanitaire ;
3. ‱ Promouvoir la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption ;
4. ‱ Engager des rĂ©formes politiques, administratives et institutionnelles en vue de renforcer la culture dĂ©mocratique et consolider l’Etat de droit ;
5. ‱ ƒuvrer Ă  la rĂ©conciliation nationale et Ă  la cohĂ©sion sociale ;
6. ‱-Assurer l’organisation d’élections libres, transparentes, Ă©quitables et inclusives ».

Manifestement, trĂšs peu de choses ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es au titre des « missions essentielles » n°3, 4, 5 et 6. Les bilans correspondant paraissent Ă  priori si insignifiants qu’il est inutile de les Ă©voquer.
En s’installant Ă  la tĂȘte de la Transition et du pays en octobre 2022, le MPSR-2 avait laissĂ© entendre qu’en trois (3) mois, le problĂšme sĂ©curitaire pourrait ĂȘtre rĂ©solu. C’était lĂ  faire preuve d’une grave insuffisance d’apprĂ©ciation de la situation. Dix-huit (18) mois plus tard, oĂč en sommes-nous ? Certes, chacun peut reconnaitre qu’il y a eu une rĂ©organisation plus efficace de l’armĂ©e et un net renforcement de ses moyens et de ses capacitĂ©s, permettant d’assurer le retour chez eux d’une partie des personnes dĂ©placĂ©es internes (PDI). Mais combien de temps faudra-t-il encore pour reconquĂ©rir et Ă©tablir la paix sur tout le territoire national ? Il est important de le savoir car la rĂ©ponse conditionne « la suite de la Transition ».
OĂč en sommes-nous de la crise humanitaire, consĂ©quence directe de la crise sĂ©curitaire ?
Ce sont en effet les massacres commis par les groupes terroristes dans les villages sans dĂ©fense, ainsi que leurs menaces, qui ont poussĂ© plus de deux millions (2 000 000) de PDI Ă  se rĂ©fugier dans les chefs-lieux de communes et les principales villes du pays, tandis que des dizaines de milliers d’autres devenaient des rĂ©fugiĂ©s dans des camps du HCR (Haut-commissariat aux rĂ©fugiĂ©s) Ă©tablis dans certains pays voisins (CĂŽte d’Ivoire, Mali, etc.). Avec l’amĂ©lioration de la situation, une partie de ces dĂ©placĂ©s a pu regagner ses villages. MalgrĂ© l’organisation de convois de ravitaillement protĂ©gĂ©s, et comme le prouvent les manifestations de certaines populations (Ouahigouya, Djibo, Diapaga, Kantchari, etc.), de nombreuses communes connaissent des difficultĂ©s d’approvisionnement et frĂŽlent mĂȘme la famine. Ces difficultĂ©s sont Ă©videmment, en grande partie (mais en partie seulement), directement liĂ©es Ă  la crise sĂ©curitaire. La question doit donc ĂȘtre ici rĂ©pĂ©tĂ©e : combien de temps faudra-t-il pour « apporter une rĂ©ponse urgente, efficace et efficiente Ă  la crise humanitaire » ?
Des rĂ©ponses prĂ©cises Ă  ces questions, devrait dĂ©pendre la « suite de la Transition », tant dans son format (missions, organisation, responsables, gouvernement, etc.) que dans sa durĂ©e. Si elles ne peuvent ĂȘtre apportĂ©es, il faut conclure que le changement par la force du rĂ©gime civil, le sacrifice de la Constitution, des libertĂ©s, des droits et de la justice sur l’autel de la sĂ©curitĂ©, ne sont guĂšre la solution pour rĂ©soudre des questions qui touchent Ă  l’existence mĂȘme de l’Etat et Ă  son fonctionnement efficace.
Dans sa forme autoritaire et messianique actuelle, la Transition en cours est loin d’avoir atteint ses objectifs. Il faut penser Ă  une nouvelle Transition, plus consensuelle, plus rassembleuse, plus lĂ©gitime et plus efficace.
Plus largement les Assises nationales pourraient convenir de :
– crĂ©er un Conseil consultatif des forces sociales souveraines Ă  la lĂ©gitimitĂ© avĂ©rĂ©e ;
– Ă©crire une nouvelle Charte pour une nouvelle Transition politique inclusive, consensuelle et populaire et qui serait assortie d’un nouveau contrat social pour porter remĂšde Ă  la crise humanitaire, aux graves fractures sociales liĂ©es Ă  la crise sĂ©curitaire et pour assurer la rĂ©conciliation nationale ;
– Ɠuvrer pour un Pacte rĂ©publicain de dĂ©fense et de sĂ©curitĂ© nationale rĂ©organisant notre armĂ©e, lĂ©gitimant dĂ©finitivement nos VDP, sur des bases rĂ©publicaines et selon les principes d’une politique de dĂ©fense populaire ;
– Ă©tablir les mĂ©canismes d’un contrat moral de gouvernance politique, liant l’État, son administration et la sociĂ©tĂ© en gĂ©nĂ©ral, en vue d’un retour de la confiance entre le peuple et ses dirigeants, et dĂ©finissant les moyens de remĂ©dier Ă  l’aggravation des contradictions, rĂ©voltes et autres conflits violents ;
– dĂ©finir les bases et les mĂ©canismes de l’indĂ©pendance et de la souverainetĂ© affirmĂ©es du Burkina Faso dans les relations internationales Ă  travers un engagement panafricain actif pour l’unitĂ© entre les peuples.

SUR LA COMPOSITION DES PARTICIPANTS AUX ASSISES NATIONALES
La proposition de loi des dĂ©putĂ©s donne au PrĂ©sident de la Transition l’accord de l’ALT pour convoquer les « forces vives » du pays pour des Assises nationales.
Mais que faut-il comprendre par « forces vives » ? En 2022, le MPSR-2 avait composĂ© ainsi qu’il suit les 354 membres des « forces vives » invitĂ©es aux Assises nationales du 14 octobre 2022, chargĂ©es d’adopter la « Charte de la Transition » et de dĂ©signer le PrĂ©sident de la Transition :
– 100 reprĂ©sentants pour le MPSR (dont 78 civils) ;
– 45 reprĂ©sentants de l’armĂ©e (de terre, de l’air, des pompiers et de la gendarmerie) ;
– 20 reprĂ©sentants pour la Brigade des VDP ;
– 45 reprĂ©sentants pour les forces paramilitaires (Police, GSP, Douanes, Eaux et ForĂȘts) ;
– 10 reprĂ©sentants pour les autoritĂ©s coutumiĂšres et 11 pour les autoritĂ©s religieuses (total 6%) ;
– 10 reprĂ©sentants pour la jeunesse et 5 pour les femmes (total 4%) ;
– 13 reprĂ©sentants des organisations faitiĂšres de l’économie (Chambre de commerce et d’industrie (CCI), Chambre nationale d’agriculture (CNA), ConfĂ©dĂ©ration paysanne du Faso (CPF), Economie informelle, BĂ©tail-viande) ;
– 30 reprĂ©sentants (8,5%) pour les partis politiques, avec une rĂ©partition singuliĂšre (ex-majoritĂ©, autres de l’ex-majoritĂ©, ex-opposition, ex-opposition non affiliĂ©e) ;
– 10 reprĂ©sentants (3%) des syndicats de travailleurs ;
– Etc.
Seules 24 femmes (7%) ont participé à ces Assises.
On peut se demander quelle compréhension de la société burkinabé avait guidé cette composition et cette répartition des « forces vives » dans laquelle les FDS (militaires, paramilitaires et VDP) représentent plus de la moitié des participants, tandis que les autorités coutumiÚres et religieuses étaient représentées par 6%, les partis politiques par 8,5% et les syndicats de travailleurs par 3% !
Pour le Front Patriotique, les prochaines Assises nationales pourraient regrouper Ă  parts Ă©quivalentes :
1. Les reprĂ©sentants des forces sociales lĂ©gitimes et reprĂ©sentatives (autoritĂ©s coutumiĂšres, autoritĂ©s religieuses, centrales syndicales) parmi lesquels pourraient ĂȘtre choisis un PrĂ©sident et deux (2) vice-prĂ©sidents des Assises ;
2. Les reprĂ©sentants des forces Ă©conomiques (Patronat, Chambres de commerce et d’industrie, Chambres nationales d’agriculture, syndicats nationaux de commerçants, d’agriculteurs ou d’éleveurs)
3. Les représentants des formations politiques reconnues qui se sont distinguées dans le passé comme les plus représentatives
4. Les représentants des ONG, OSC et organisations sociales représentatives et reconnues
5. Les reprĂ©sentants des organisations de jeunesse et des organisations de femmes Ă  la condition qu’elles soient dĂ©mocratiques, reprĂ©sentatives et reconnues
6. Les reprĂ©sentants des institutions qui sont les bras exĂ©cutifs de l’Etat (Forces armĂ©es, forces paramilitaires, VDP, Administrateurs des circonscriptions)
7. Les reprĂ©sentants des institutions appelĂ©es Ă  rĂ©guler le fonctionnement de l’Etat (magistrature, avocats, juristes, parlement, mĂ©dias,
..) parmi lesquels pourraient ĂȘtre dĂ©signĂ©s un secrĂ©taire et un secrĂ©taire adjoint des Assises;
8. Les reprĂ©sentants des corps essentiels pour le dĂ©veloppement de la Nation (enseignants, ingĂ©nieurs, chercheurs, personnel mĂ©dical, financiers, informaticiens, innovateurs,

.) au sein desquels pourraient ĂȘtre choisis un rapporteur et un rapporteur adjoint.

Les Assises nationales seraient ainsi l’occasion de rĂ©unir tous ceux qui sont actifs pour la renaissance de la Nation. Elles pourraient peut-ĂȘtre alors devenir comme le souhaitait dĂšs sa naissance le Front patriotique, « une opportunitĂ© pour jeter les bases d’une nouvelle sociĂ©tĂ©, rĂ©pondant aux aspirations profondes de notre peuple Ă  la sĂ©curitĂ©, Ă  la paix, Ă  la justice, Ă  la dĂ©mocratie et au dĂ©veloppement ».
Quand le peuple gagne, personne ne perd !

Ouagadougou le 07/05 2024
Pour le Front Patriotique
Le Coordonnateur

Germain Bitiou NAMA

 

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