🔮 FĂȘte du travail : La section France du MBDHP dĂ©nonce des atteintes aux acquis des travailleurs burkinabĂš (DĂ©claration)

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La section de France du Mouvement burkinabĂš des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) a dĂ©plorĂ©, dans une dĂ©claration mardi, l’accentuation des « mesures dĂ©lĂ©tĂšres Ă  la cohĂ©sion sociale » au Burkina. Des « mesures autoritaires » qui remettent en cause de nombreux acquis des travailleurs du pays et du peuple, selon le MBDHP section France.

« Le milieu syndical, pĂŽle de contre-pouvoir indispensable dans tout État de droit, (…) est devenu la bĂȘte Ă  abattre », indique le MBDHP, section France. L’organisation burkinabĂš de dĂ©fense des droits de l’homme, qui invite les autoritĂ©s au respect des droits des travailleurs et de ceux de tout citoyen burkinabĂš, rend Ă©galement hommage dans sa dĂ©claration Ă  tous les travailleurs qui maintiennent le flambeau de l’engagement dans la lutte syndicale pour que vivent dans de meilleures conditions l’ensemble des travailleurs.

Lire l’intĂ©gralitĂ© de la dĂ©claration đŸ‘‡đŸœ

Membre de la FIDH

Membre observateur auprĂšs de la Commission Africaine des droits de l’Homme et des Peuples

MOUVEMENT BURKINABÈ DES DROITS DE L’HOMME

ET DES PEUPLES (M.B.D.H.P.)

Membre de l’Union Interafricaine des Droits de l’Homme AffiliĂ© Ă  la Commission Internationale des Juristes (GenĂšve)

MBDHP – SECTION de France

Le 27 mars dernier, plusieurs organisations de la sociĂ©tĂ© civile du Burkina Faso publiaient une dĂ©claration sur la situation nationale, prĂ©occupante. Face aux attaques terroristes contre lesquelles sont mobilisĂ©s des Forces de DĂ©fense et de SĂ©curitĂ© (FDS), des Volontaires pour la DĂ©fense de la Patrie (VDP), les tenants du pouvoir peinent Ă  faire reculer l’ennemi, Ă  libĂ©rer des pans entiers du territoire et Ă  rĂ©installer ceux de nos compatriotes qui ont fui leurs localitĂ©s.

Cet enlisement ne va pas sans l’accentuation des mesures dĂ©lĂ©tĂšres Ă  la cohĂ©sion sociale par des arrestations, sĂ©questrations arbitraires, des menaces permanentes de groupuscules (hier les « Wayiyans » et aujourd’hui les « Gilets rouges ») qui, de maniĂšre impunie, instillent la haine, alimentent la division sociale entre « patriotes et apatrides ».

La surenchĂšre envers les partis politiques, la suspension de leurs activitĂ©s, l’interdiction de fait des Organisations de la SociĂ©tĂ© Civile (OSC) non infĂ©odĂ©es aux pouvoir du MPSR2, sont autant de mesures autoritaires qui remettent en cause de nombreux acquis des travailleurs de notre pays et du peuple. Une remise en cause justifiĂ©e de maniĂšre paradoxale par le pouvoir puisque la nĂ©cessaire unitĂ© pour lutter contre le terrorisme est de fait battue en brĂšche.

C’est avec tous ces signaux nĂ©gatifs que la Section de France du MBDHP, en solidaritĂ© avec les travailleurs, tous secteurs et catĂ©gories confondus, comme toutes les masses laborieuses burkinabĂš aux prises avec les djihadistes, commĂ©more cette journĂ©e de revendications exigeant l’amĂ©lioration des conditions de vie et de travail. En effet, les travailleurs burkinabĂš s’inscrivent consciemment dans la longue tradition de la lutte engagĂ©e en 1884 qui marqua un tournant historique pour les droits des travailleurs du monde entier.

Le MBDHP, partie intĂ©grante de la dynamique de dĂ©fense des droits humains est impliquĂ© dans tous les combats dĂšs lors qu’il est question des droits humains. Nous sommes alors parfaitement concernĂ©s par une telle cĂ©lĂ©bration, en raison des contextes oĂč les droits des travailleurs sont niĂ©s et bafouĂ©s.

En effet, sur plan international et notamment en France, les effets conjugués de la crise du systÚme économique néolibéral mondialisé sont, entre autres, la dégradation continue des conditions de vie et de travail des masses laborieuses françaises.

Nous assistons Ă  une remise en cause quasi systĂ©matique d’acquis dĂ©mocratiques, dont l’un des plus emblĂ©matiques, fut l’imposition Ă  coup du 49.3, du dĂ©part Ă  la retraite des travailleurs, rallongĂ© de 62 Ă  64 ans. A cela s’ajoutent, derriĂšre les Ă©crans, les pages mĂ©diatiques, lieux de travail, les discriminations multiformes, les traitements dĂ©gradants, les nouvelles formes d’exploitation moderne de la force de travail, etc. Autant de signaux nĂ©gatifs sur les droits des travailleurs, de la jeunesse constatĂ©es ici en France, comme au Burkina.

Au sombre tableau du bafouement des droits par le pouvoir en France, la récente adoption de la loi anti-immigration (en dépit de passages censurés par le Conseil Constitutionnel) vient fragiliser davantage la situation administrative et sociale des étrangers, particuliÚrement les migrants subsahariens parmi lesquels de nombreux Burkinabé.

Depuis l’avĂšnement du MPSR1 et singuliĂšrement depuis le MPSR2, la fronde lancĂ©e contre le Mouvement syndical est sans commune mesure dans notre histoire nationale. Contrairement Ă  un Etat de droit respectueux des libertĂ©s fondamentales, individuelles et collectives, aujourd’hui les libertĂ©s d’association, d’opinion, d’expression sont l’objet de restriction ou purement et simplement de suppression, selon le bon vouloir des gouvernants du moment. Dans le Burkina de la Transition sous le capitaine Ibrahim TRAORE, c’est bien de cela qu’il s’agit.

Le milieu syndical, pĂŽle de contre-pouvoir indispensable dans tout Etat de droit, n’est plus un partenaire du dialogue social pour permettre de veiller, selon le droit, Ă  l’amĂ©lioration des conditions de vie de travail sans exclusive des travailleurs. Il est devenu la bĂȘte Ă  abattre, au point que le SecrĂ©taire GĂ©nĂ©ral de la ConfĂ©dĂ©ration GĂ©nĂ©rale du Travail- du Burkina (CGT-B) est l’objet de tentatives d’enlĂšvement et d’une rĂ©cente mesure arbitraire de licenciement, prise en conseil des ministres.

Cette politique antisyndicale se nourrit de toutes sortes de mesures consistant en une remise en cause des acquis sociaux des travailleurs, ces derniers Ă©tant dĂ©sormais prĂ©sentĂ©s comme bĂ©nĂ©ficiaires d’avantages indus dont on pourrait allĂ©grement les priver par des dispositions aussi arbitraires qu’autoritaires et totalement impopulaires et anti-sociales. PrĂ©sentĂ©s ainsi comme des privilĂ©giĂ©s, ils sont en passe de devenir des ennemis du peuple, autre stĂ©rĂ©otype contribuant Ă  l’aggravation du dĂ©ficit de cohĂ©sion sociale. Enfin, ils sont jetĂ©s en pĂąture en Ă©tant prĂ©sentĂ©s comme des soutiens locaux de l’impĂ©rialisme.

On ne peut trouver meilleure procĂ©dure pour une politique anti-travailleurs, puisque dans le mĂȘme temps, au nom de la lutte contre le terrorisme, on leur exige un effort de guerre et la mise sous le boisseau de toute vellĂ©itĂ© de revendication. La lutte contre le terrorisme n’est en rien exclusive de celle devant contribuer Ă  amĂ©liorer les conditions de vie et de travail des travailleurs du Burkina Faso. Vouloir les dissocier, c’est refuser d’intĂ©grer la lutte des travailleurs Ă  celle contre le terrorisme, comme une lutte Ă  multiples facettes renforçant le rĂŽle de l’Etat et le respect de l’Etat de droit.

En ce 1er Mai 2024, nombreux sont aussi les travailleurs des campagnes dont le droit de demeurer sur leurs territoires pour y mener les activitĂ©s utiles Ă  leur prĂ©servation est quotidiennement remis en cause, Leurs droits sont mis Ă  rude Ă©preuve, quand ils ne sont pas purement et simplement bafouĂ©s, niĂ©s, par l’imposition de la prĂ©sence de groupes djihadistes ou leur errance Ă  travers le pays. L’absence de sĂ©curitĂ© dans les zones sous occupation a pour consĂ©quence l’impossibilitĂ© pour les populations de travailler pour subvenir Ă  leurs besoins. Il s’agit lĂ  d’une atteinte au droit du travail, une prĂ©occupation majeure, pour ces trĂšs nombreuses populations et pour tout militant des droits humains, pour tout dĂ©mocrate, progressiste. A terme, ce qui est en jeu, c’est le droit Ă  la vie que ne semble plus pouvoir garantir notre Constitution ni le rĂ©gime du MPRS2. Jamais, dans notre histoire nationale, le monde des travailleurs, des villes comme des campagnes, n’a Ă©tĂ© autant confrontĂ© Ă  la remise en cause de ses droits.

Les travailleurs, toutes catĂ©gories et tous secteurs confondus de notre pays ont toujours fait preuve d’esprit de suite dans leurs revendications, consenti des sacrifices pour prĂ©server l’essentiel quand cela a Ă©tĂ© nĂ©cessaire.

On ne saurait, sauf par mĂ©connaissance de l’histoire syndicale du Burkina Faso, leur reprocher un manque de patriotisme. Leurs luttes nous ont enseignĂ© sur la nĂ©cessitĂ© de s’affranchir de toute tutelle qui viendrait flĂ©chir la combativitĂ© des travailleurs, sans oublier de fonder leurs initiatives sur le socle de l’Etat de droit. C’est pour cette raison que ces luttes font partie intĂ©grante du renforcement du processus dĂ©mocratique dans notre pays. En effet, les leviers d’un Etat de droit se consolident avec toutes les luttes d’émancipation, d’accĂšs au droit et Ă  la jouissance des droits de chaque citoyen. Contrairement Ă  toutes les apparences, sans respect de ces droits divers, la lutte contre le terrorisme demeurera toujours infructueuse.

C’est pourquoi, en ce 1er Mai 2024, la Section de France du MBDHP affirme son entiĂšre solidaritĂ© Ă  l’ensemble des travailleurs de notre pays, qui se mobilise dans l’adversitĂ© et lutte pour prĂ©server, Ă©largir et renforcer leur droit de s’organiser en toute indĂ©pendance, pour dĂ©fendre leur libertĂ© d’expression et d’opinion, y compris sur les questions intĂ©ressant la vie de la nation dont ils sont des acteurs Ă  part

entiĂšre et pour crĂ©er des conditions meilleures de vie et de travail. L’ensemble des militants, sympathisants et amis de notre Section sont solidaires des luttes ici en France et au Burkina des travailleurs et des masses populaires, privĂ©s ou brimĂ©s dans leurs droits relatifs au travail.

Notre conviction est faite. En tant que dĂ©fenseurs des droits humains aucune parcelle du territoire national ne peut ĂȘtre reconquise, aucune vie ne saura ĂȘtre sauvĂ©e, aucun droit ne saurait ĂȘtre respectĂ©, sauvegardĂ© et renforcĂ© si les droits de chaque citoyen, dont ceux des travailleurs, ne sont pas garantis par notre Constitution.

Porter atteinte Ă  l’Etat de droit, c’est remettre en cause ce qui constitue le socle d’une nation responsable, dont les fils et filles peuvent se revendiquer des mĂȘmes droits pour affronter l’ennemi commun parce que ce sera leur devoir commun.

Aussi, notre Section rend hommage à tous les travailleurs qui maintiennent le flambeau de l’engagement dans la lutte syndicale pour que vivent dans de meilleures conditions l’ensemble des travailleurs.

Notre Section rend hommage Ă  ces hommes et femmes anonymes dont les multiples initiatives dans ces moments de crise profonde de notre pays contribuent Ă  maintenir un tant soit peu certains Ă©quilibres sociaux.

Elle invite toutes les forces vives de notre nation Ă  plus d’unitĂ© d’action populaire pour faire du respect du droit de chacun, notamment le droit Ă  un travail dĂ©cent, le droit Ă  la vie, les socles sacrĂ©s et imprescriptibles pour le renforcement de la dĂ©mocratie au Burkina Faso.

Elle invite le pouvoir du MPSR2 au respect des droits des travailleurs et de celui de tout citoyen burkinabĂš, et ce dans tous les domaines garantis par la Constitution.

Elle invite le pouvoir du MPSR2 à mettre fin aux mesures impopulaires et arbitraires portant atteintes aux droits des travailleurs, des hommes politiques et de tout leader d’opinion.

Vive la commĂ©moration de la journĂ©e internationale de lutte des travailleurs ! Vive l’unitĂ© d’action populaire entre toutes les couches laborieuses de notre pays ! Pain, paix et libertĂ© !

La Section de France du MBDHP

Paris, le 30 Avril 2024

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