Les militants de la sociĂ©tĂ© civile Marcel Tankoano, Abdoul Karim Baguian dit Lota et DĂ©sirĂ© Guinko – respectivement interpellĂ©s les 5, 7 et 8 mai – ont vu leur garde Ă vue se prolonger, a indiquĂ© Ă OmĂ©ga un des avocats de ces personnes interpellĂ©es.
Selon les sources de OmĂ©ga, la garde Ă vue de 15 jours de ces leaders de la sociĂ©tĂ© civile Ă©tant expirĂ©e, le juge a ainsi dĂ©cidĂ© de la prolongation de 10 jours encore. On reproche Ă tous ces militants dâavoir incitĂ© Ă incendier le palais du Mogho Naaba, lâempereur des mossĂ©s. « Incitation Ă attroupement armĂ© ou non armĂ©, Ă l’atteinte volontaire Ă l’intĂ©gritĂ© physique et Ă la vie de personnes, Ă la destruction de biens, actes de vandalisme, corruption, divulgations de fausses informations et Association de malfaiteurs », sont entre autres les charges qui pĂšsent sur ces leaders dâOSC, avait indiquĂ© plus tĂŽt Ă OmĂ©ga leurs conseils. Des charges confirmĂ©es ce dimanche 21 mai par le procureur du Faso prĂšs le tribunal de grande instance de Ouagadougou Harouna Yoda.
Des avocats ont estimĂ© que cette prolongation nâĂ©tait pas nĂ©cessaire car les infractions pour lesquelles on poursuit ces militants, ne nĂ©cessitent pas une « procĂ©dure spĂ©ciale ».
« AprĂšs les 15 jours de garde Ă vue, le juge peut prolonger de 10 jours. Câest donc la derniĂšre prolongation, la loi nâen prĂ©voit plus », prĂ©cise un des conseils.
Les personnes interpellĂ©es dans le cadre de cette enquĂȘte sont placĂ©s en garde Ă vue Ă la Division des Investigations Criminelles (DIC). Un service de Police Judiciaire relevant de la Direction de la Police Judiciaire (DPJ) de la Direction GĂ©nĂ©rale de la Police Nationale (DGPN).
Marcel Tankoano, PrĂ©sident du M21, a Ă©tĂ© lâun des premiers Ă ĂȘtre interpellĂ©. Malade aux premiĂšres heures de son interpellation, son Ă©tat de santĂ© sâĂ©tait amĂ©liorĂ© les jours suivants. Pour ses 15 premiers jours de garde Ă vue, selon nos informations, M. Tankoano sâĂ©tait remis Ă la lecture de romans. Selon son avocat, il a dĂ©jĂ Ă©tĂ© auditionnĂ© au moins 4 fois. Un acharnement, affirme lâavocat.
Marcel Tankoano sâĂ©tait fait rare depuis la chute du lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba dont il Ă©tait un des soutiens. Il avait dâailleurs lancĂ©, en aoĂ»t 2022, le Front de LibĂ©ration nationale (FLN) pour accompagner la transition dirigĂ©e, alors par le lieutenant-colonel.
« (âŠ) ceux qui disent que lâarmĂ©e ne monte pas en puissance soutiennent les terroristes », avait dĂ©clarĂ© le coordonnateur du FLN au lancement du mouvement et dâindiquer que lâarmĂ©e et le peuple arriveront Ă bout du terrorisme.
« Que ceux qui sâasseyent pour dire que lâarmĂ©e ne fait rien, Damiba ne fait rien, que Damiba a pris le pouvoir et quâil nomme des militaires. Vous voulez quâil nomme qui ? Allez-y dire : ne fait pas le coup dâĂtat qui veut mais qui peut », avait affirmĂ© M. Tankoano.
Abdoul Karim Baguian dit Lota lui, avait aussi appelĂ© Ă plusieurs reprises Ă soutenir la Transition dirigĂ©e par le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba. « Aujourdâhui, lâĂ©chec du prĂ©sident Damiba et de son Ă©quipe, ce serait un Ă©chec gĂ©nĂ©rationnel, ce serait un Ă©chec de la jeunesse, un Ă©chec de la relĂšve du Burkina Faso », avait-il dĂ©clarĂ© en avril 2022.
Lota depuis quelques mois formulait de vives critiques Ă lâendroit du pouvoir du Capitaine Ibrahim TraorĂ©.
DĂ©sirĂ© Guinko est le porte-parole de lâAlliance des forces patriotiques (AFP) est aussi poursuivi pour les mĂȘmes charges qui pĂšsent sur Marcel Tankoano et Lota. Mais selon son avocat, son militantisme au dernier mouvement, le « Front uni pour le Faso » – une coalition de prĂšs dâune quinzaine dâorganisations de la sociĂ©tĂ© civile – en est pour quelque chose dans cette arrestation. Dans une dĂ©claration, ce mouvement avait estimĂ© que 7 mois aprĂšs lâarrivĂ©e au pouvoir du Capitaine Ibrahim TraorĂ©, la situation sĂ©curitaire sâĂ©tait empirĂ©e. « On lui a demandĂ© les objectifs de ce mouvement, les activitĂ©s. Il a dit que ce sont des objectifs purement rĂ©publicains », avait affirmĂ© son avocat Me Christophe Birba. « Il est serein, il a le moral », avait-il rassurĂ©.
Et derniĂšrement, Pascal ZaĂŻda, un autre membre de la sociĂ©tĂ© civile a Ă©tĂ© interpellĂ© et placĂ© en garde Ă vue dans la mĂȘme affaire du « Palais du Mogho Naaba », avait indiquĂ© Ă OmĂ©ga son avocat.
Le procureur qui a prĂ©cisĂ© que lâenquĂȘte est toujours en cours a prĂ©cisĂ© ce dimanche – sans dĂ©voiler dâidentitĂ© – que les investigations ont conduit Ă ce jour, Ă lâinterpellation et Ă la mise en garde Ă vue de 6 personnes. Elle sont pour la plupart des acteurs dâorganisations de la sociĂ©tĂ© civile, a dĂ©clarĂ© le procureur Yoda.
Lamine Traoré / Oméga médias
