🔮 Mali – Burkina : Une trentaine d’organisations signent une lettre ouverte sur la libertĂ© de la presse

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lettre ouverte liberté presse

« Les menaces sur la libertĂ© d’expression et la libertĂ© de la presse sont trĂšs inquiĂ©tantes au Burkina Faso. […] Au Mali Ă©galement, les pressions et les intimidations envers les journalistes et les leaders d’opinion se multiplient », alertent une trentaine de mĂ©dias, organisations professionnelles de journalistes et organisations de dĂ©fense des droits humains, dans une lettre ouverte commune aux institutions sous-rĂ©gionales, africaines et internationales. Selon les signataires, la lutte contre le terrorisme ne saurait justifier l’imposition par les autoritĂ©s maliennes et burkinabĂš d’une nouvelle norme de l’information, ni la restriction des droits fondamentaux des populations.

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Lettre ouverte pour la protection des journalistes et la dĂ©fense de la libertĂ© d’expression et de la libertĂ© de la presse au Mali et au Burkina Faso

  • Monsieur le PrĂ©sident de la ConfĂ©rence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union africaine,
  • Monsieur le PrĂ©sident de la ConfĂ©rence des Chefs d’État et de Gouvernement de la CEDEAO,
  • Monsieur le PrĂ©sident de la ConfĂ©rence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’UEMOA,
  • Monsieur le PrĂ©sident de la Commission de l’Union africaine,
  • Monsieur le PrĂ©sident de la Commission de la CEDEAO,
  • Monsieur le PrĂ©sident de la Commission de l’UEMOA,
  • Monsieur le PrĂ©sident du Parlement panafricain,
  • Monsieur le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONU,
  • Monsieur le PrĂ©sident du Conseil des droits de l’homme de l’ONU,
  • Madame la Directrice gĂ©nĂ©rale de l’UNESCO,
  • Madame la SecrĂ©taire gĂ©nĂ©rale de l’OIF,
  • Mesdames et Messieurs les PrĂ©sidents des instances de rĂ©gulation des mĂ©dias des 15 pays de la CEDEAO,
  • Monsieur le PrĂ©sident du RĂ©seau francophone des rĂ©gulateurs des mĂ©dias,
  • Monsieur le PrĂ©sident de la Plateforme des rĂ©gulateurs de l’audiovisuel des pays membres de l’UEMOA et de la GuinĂ©e,
  • Mesdames et Messieurs les ministres de la Communication des 15 pays de la CEDEAO,
  • Monsieur le PrĂ©sident de l’Union africaine de radiodiffusion (UAR),

Appels au meurtre de journalistes et de leaders d’opinion, menaces et intimidations sur la presse nationale, montages grotesques contre des journalistes, suspension des mĂ©dias internationaux RFI et France 24, expulsion des correspondants des journaux français LibĂ©ration et le Monde…  Les menaces sur la libertĂ© d’expression et la libertĂ© de la presse sont trĂšs inquiĂ©tantes au Burkina Faso. Les mesures prises par les autoritĂ©s de ce pays, surtout ces derniers mois, sont de nature Ă  remettre en cause le droit fondamental des citoyens Ă  ĂȘtre informĂ©s. La libertĂ© commence lĂ  oĂč finit l’ignorance.

Au Mali Ă©galement, les pressions et les intimidations envers les journalistes et les leaders d’opinion se multiplient. De novembre Ă  dĂ©cembre 2022, la chaĂźne Joliba TV a Ă©tĂ© suspendue par la Haute autoritĂ© de la communication (HAC), aprĂšs la diffusion d’un Ă©ditorial jugĂ© critique envers les autoritĂ©s. Le 20 fĂ©vrier 2023, la Maison de la presse de Bamako a Ă©tĂ© mise Ă  sac. Le 13 mars, le chroniqueur de radio Mohamed Youssouf Bathily, plus connu sous le pseudonyme de Ras Bath, a Ă©tĂ© inculpĂ© et Ă©crouĂ© pour avoir dĂ©noncĂ© “l’assassinat” de l’ex-Premier ministre Soumeylou BoubĂšye MaĂŻga. Le 15 mars, Rokia Doumbia, dite « Rose vie chĂšre », a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©e Ă  son tour pour avoir communiquĂ© sur la hausse des prix et « l’Ă©chec » de la transition. Le 6 avril, le journaliste Aliou TourĂ© a Ă©tĂ© enlevĂ© par des hommes armĂ©s et cagoulĂ©s et n’a Ă©tĂ© retrouvĂ© libre que quatre jours plus tard.

LĂ  aussi, la presse internationale est loin d’ĂȘtre Ă©pargnĂ©e. En fĂ©vrier 2022, un reporter de Jeune Afrique a Ă©tĂ© expulsĂ© de Bamako. Et un mois plus tard, RFI et France 24 ont Ă©tĂ© coupĂ©s sur tout le territoire malien.

Au Burkina Faso comme au Mali, ces attaques sont de plus en plus relayĂ©es sur les rĂ©seaux sociaux par des « influenceurs » favorables aux rĂ©gimes militaires de ces deux pays, qui jouent aux justiciers et n’hĂ©sitent pas Ă  menacer de mort les journalistes et leaders d’opinion trop indĂ©pendants Ă  leurs yeux. Aujourd’hui, le mensonge s’ajoute Ă  la violence. « L’instauration d’un rĂ©gime de terreur », comme l’Ă©crit le quotidien burkinabĂš L’Observateur Paalga, s’accompagne d’une vague de “fake news” qui inondent les rĂ©seaux sociaux de contre-vĂ©ritĂ©. Les premiĂšres victimes de ces « influenceurs » sont les populations malienne et burkinabĂš, qui sont privĂ©es de dĂ©bat dĂ©mocratique.

En cette pĂ©riode de grave crise sĂ©curitaire dans ces deux pays, les journalistes qui jouent un rĂŽle crucial d’information des citoyens sont tous conscients de leurs responsabilitĂ©s. Ils comprennent aussi la complexitĂ© du contexte politique,  gĂ©opolitique  et militaire. Ils vivent et subissent aussi les graves consĂ©quences de cette crise sĂ©curitaire. Ils souhaitent, comme tous les citoyens, le retour rapide Ă  la paix. Pour autant, la lutte contre le terrorisme ne doit en aucun cas servir de prĂ©texte pour imposer une nouvelle norme de l’information et pour restreindre les droits fondamentaux des populations malienne et burkinabĂš Ă  rechercher et Ă  avoir accĂšs Ă  l’information par le biais des mĂ©dias professionnels et indĂ©pendants.

Au Burkina Faso, la situation des journalistes est devenue tellement critique que mĂȘme l’institution chargĂ©e de la rĂ©gulation s’en Ă©meut. Dans un communiquĂ© publiĂ© le 29 mars 2023, le Conseil supĂ©rieur de la communication (CSC) « constate avec regret la rĂ©currence des menaces profĂ©rĂ©es Ă  l’endroit d’organes de presse et d’acteurs des mĂ©dias ». Le CSC demande aux autoritĂ©s burkinabĂš de « prendre les mesures idoines pour assurer la sĂ©curitĂ© des mĂ©dias et des journalistes dans l’exercice de leur profession ». De son cĂŽtĂ©, Volker TĂŒrk, le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, se dit « profondĂ©ment troublé » par la situation des mĂ©dias au Burkina Faso. « En cette pĂ©riode de transition, la protection des voix indĂ©pendantes est plus nĂ©cessaire que jamais« , ajoute-t-il.

Le 20 fĂ©vrier, Alioune Tine, l’expert indĂ©pendant des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme au Mali, a dĂ©clarĂ© ĂȘtre « extrĂȘmement prĂ©occupĂ© par le rĂ©trĂ©cissement de l’espace civique, de la libertĂ© d’expression et d’association » au Mali.

Sur la base de tous ces éléments, nous, signataires de cette lettre ouverte,

  • Exhortons les autoritĂ©s du Mali et du Burkina Faso Ă  mettre fin Ă  toutes les mesures qui portent atteinte Ă  la libertĂ© de la presse.
  • Remarquons une absence de protection des forces de sĂ©curitĂ© et un silence de la justice face aux campagnes d’intimidation et aux menaces de mort lancĂ©es contre les journalistes de ces deux pays. Tout en respectant l’indĂ©pendance de la justice, nous demandons aux procureurs et aux officiers de police judiciaire d’ĂȘtre plus rĂ©actifs sur ces actes rĂ©prĂ©hensibles par le droit pĂ©nal.
  • Demandons aux autoritĂ©s de ces deux pays de garantir la protection et la sĂ©curitĂ© de tous les professionnels des mĂ©dias victimes de menaces, intimidations, harcĂšlement et attaques physiques.
  • Demandons aux autoritĂ©s de diligenter des enquĂȘtes impartiales, efficaces et indĂ©pendantes pour faire la lumiĂšre sur les abus commis contre les journalistes, identifier les responsables et les poursuivre en justice.
  • Appelons les deux gouvernements Ă  respecter les obligations internationales signĂ©es et ratifiĂ©es par les États concernant la libertĂ© d’expression et la libertĂ© de la presse, en particulier la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
  • Appelons les responsables nationaux et les instances panafricaines et internationales destinataires de cette lettre ouverte Ă  soutenir cette dĂ©marche au plus haut niveau : l’accĂšs Ă  l’information est un droit fondamental des peuples. En cette journĂ©e mondiale de la libertĂ© de la presse, il est essentiel de la dĂ©fendre et de la protĂ©ger.

SIGNATAIRES

  1. AfrikaJom Center
  2. Association  des Journalistes du Burkina Faso (AJB)
  3. Association des Professionnels de la Presse en Ligne (APPEL Sénégal)
  4. Cellule Norbert Zongo pour le Journalisme d’Investigation (CENOZO)
  5. Centre National de la Presse Norbert Zongo (CNP-NZ Burkina Faso)
  6. Courrier confidentiel (Burkina Faso)
  7. Fédération des Journalistes Africains (FAJ)
  8. Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) 
  9. FĂ©dĂ©ration Internationale pour les Droits de l’Homme (FIDH)
  10. France 24  (France)
  11. Fondation des mĂ©dias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA)
  12. Human Rights Watch (HRW)
  13. International Press Institute (IPI)
  14. Jeune Afrique (France)
  15. Joliba TV News  (Mali)
  16. Le Pays  (Burkina Faso)
  17. Le Monde  (France)
  18. Lefaso.net (Burkina Faso)
  19. Le Reporter (Burkina Faso)
  20. L’ÉvĂ©nement  (Burkina Faso)
  21. Libération (France)
  22. L’Observateur Paalga  (Burkina Faso)
  23. Radio France Internationale (France)
  24. Reporters Sans FrontiĂšres (RSF)
  25. Société des Editeurs de la Presse Privée du Burkina Faso (SEP)
  26. Omega MĂ©dias (Burkina Faso)
  27. Union Internationale de la Presse Francophone (UPF)
  28. Union des Journalistes d’Afrique de l’Ouest (UJAO)
  29. 24heures.bf  (Burkina Faso)
  30. Wakat Sera  (Burkina Faso)

 

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