🔮 Lettre Ă  Damiba : « Les populations du Sahel ne demandent qu’Ă  vivre ». (Manifestants)

0
1374

À Dori, ce samedi, les populations ont marchĂ© pour rĂ©clamer et exiger de l’Etat plus de sĂ©curitĂ© dans la rĂ©gion du Sahel. « Les populations du Sahel ne demandent qu’à vivre, vivre dignement », ont-elles indiquĂ© dans une lettre adressĂ©e au PrĂ©sident du Faso. Et de poursuivre: « C’est pourquoi, dans un Ă©lan solidaire, nous, populations du Sahel, unies au sein d’une coalition d’organisations de la sociĂ©tĂ© civile et de syndicats exigeons : Que notre droit Ă  la sĂ©curitĂ© et Ă  la vie soit garanti sous toutes ses formes, ainsi que l’intĂ©gritĂ© du territoire national ».

LA LETTRE ADRESSÉE AU CHEF DE L’ETAT

 

 

A Son Excellence Monsieur le
PRESIDENT DU FASO

Excellence Monsieur le PrĂ©sident du Faso, Chef de l’Etat,

Depuis quelques annĂ©es, notre patrie le Burkina Faso est secouĂ©e par une crise sĂ©curitaire profonde qui endeuille la nation au quotidien. Sur l’ensemble du territoire national, les attaques terroristes ne cessent d’arracher Ă  notre affection nos compatriotes tant civils que nos forces de dĂ©fense et de sĂ©curitĂ©. Nous louons Ă  juste titre, l’esprit de rĂ©silience de nos populations, la bravoure et la dĂ©termination de nos forces de dĂ©fense et de sĂ©curitĂ© sur le champ de l’honneur. A la mĂ©moire de nos soldats tombĂ©s au front, Ă  leurs familles et Ă  leurs camarades, nous exprimons nos condolĂ©ances sincĂšres et notre reconnaissance Ă©ternelle.

Excellence Monsieur le PrĂ©sident du Faso, Chef de l’Etat,

Dans la rĂ©gion du Sahel particuliĂšrement, les consĂ©quences dĂ©sastreuses de cette crise minent le quotidien des populations. Dans ces moments sombres de notre Histoire commune, la prĂ©sence, la protection, et l’assurance de l’Etat devraient ĂȘtre ressenties de maniĂšre forte et indubitable par les populations meurtries. Fort malheureusement, le constat est tout autre au Sahel. Le dĂ©laissement de la rĂ©gion par les autoritĂ©s centrales de notre pays, conjuguĂ© Ă  l’indiffĂ©rence, dĂ©butĂ©es depuis les indĂ©pendances sont de plus en plus accrus. Ce constat amer se vĂ©rifie Ă  travers l’état des infrastructures, le taux de chĂŽmage trĂšs Ă©levĂ© particuliĂšrement chez les jeunes, les statistiques des Ă©coles fermĂ©es, le nombre de positions abandonnĂ©es par les forces de dĂ©fense et de sĂ©curitĂ©, la situation humanitaire dĂ©sastreuse, les coupures incessantes d’eau, les dĂ©lestages, le manque de carburant, le dĂ©part des administrations publiques Ă  l’image de la justice inexistante dans toute la rĂ©gion, la flambĂ©e incontrĂŽlĂ©e des prix des produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ©, etc.

Excellence Monsieur le PrĂ©sident du Faso, Chef de l’Etat,

Ces derniĂšres semaines au Sahel sont marquĂ©es par une trĂšs forte dĂ©gradation de la situation humanitaire, situation qui Ă©tait dĂ©jĂ  calamiteuse depuis des annĂ©es. En effet, plusieurs villes voire des provinces entiĂšres sont sous blocus terroriste et inaccessibles. Dans les provinces du Yagha, de l’Oudalan, du Seno et Soum, le quotidien est une survie. Les villes de Gorom-Gorom, Markoye, DĂ©ou, Oursi Tin-Akoff, Sebba, Solhan, Mansila, Arbinda, Djibo, Gorgadji, et bien d’autres encore sont agonisantes et ne doivent leur survie qu’à des convois irrĂ©guliers et l’aide des organisations non gouvernementales (ONG). Quant Ă  Dori, chef-lieu de la rĂ©gion, elle est constamment en rupture de carburant, d’électricitĂ©, d’eau etc. MalgrĂ© des efforts que nous apprĂ©cions et qui sont, hĂ©las, trĂšs insuffisants, des villes entiĂšres Ă  l’image de Sebba, Mansila, Solhan et Tin-Akoff attendent dĂ©sespĂ©rĂ©ment d’ĂȘtre ravitaillĂ©es. Au sahel, les enfants ne vont plus Ă  l’école et leurs parents, pour ceux qui sont encore vivants, n’ont plus leurs moyens de productions. Les champs ne sont plus accessibles et le bĂ©tail a Ă©tĂ© emportĂ©.

Excellence Monsieur le PrĂ©sident du Faso, Chef de l’Etat,

C’est au regard de tout ce qui prĂ©cĂšde que les populations du Sahel, fatiguĂ©es par la dĂ©tĂ©rioration de la crise sĂ©curitaire et humanitaire, indignĂ©es par la faible rĂ©activitĂ© de l’Etat pour protĂ©ger et assister ses citoyens et ce sentiment grandissant d’indiffĂ©rence voire d’abandon, ont dĂ©cidĂ© de sortir massivement pour vous interpeler et prendre l’opinion publique Ă  tĂ©moin Ă  travers une marche pacifique ce samedi 27 aoĂ»t 2022 Ă  Dori.

En vous interpelant ainsi sur votre devoir de pĂšre de la nation, nous, citoyens du Sahel, prĂ©occupĂ©s par la situation de la nation et soucieux de sa sauvegarde, vous assurons et vous rassurons de notre attachement Ă  la mĂšre patrie, de la bonne disposition et de la dĂ©termination des populations du Sahel Ă  rester debout et unies face aux forces du mal. Pour ce faire, nous avons, aujourd’hui plus que jamais, besoin de la prĂ©sence et de l’aide de l’Etat.

Excellence Monsieur le PrĂ©sident du Faso, Chef de l’Etat,

Les populations du Sahel ne demandent qu’à vivre, vivre dignement. C’est pourquoi, dans un Ă©lan solidaire, NOUS, populations du Sahel, unies au sein d’une coalition d’organisations de la sociĂ©tĂ© civile et de syndicats exigeons :

– Que notre droit Ă  la sĂ©curitĂ© et Ă  la vie soit garanti sous toutes ses formes, ainsi que l’intĂ©gritĂ© du territoire national ;

– La facilitation de l’accĂšs aux produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ©, le contrĂŽle des prix et le contrĂŽle de l’inflation;

– L’arrĂȘt immĂ©diat du dĂ©part et le retour des agents de l’administration publique ;

– Le ravitaillement rĂ©gulier des zones Ă  fort dĂ©fi sĂ©curitaire, y compris par voie aĂ©rienne si la situation l’impose ;

– La facilitation de la libre circulation des personnes et des biens sur l’axe Dori- Ouaga, Dori – Sebba – Mansila, Dori – Djibo, Djibo – Ouaga ainsi que sur tous les axes Ă  l’intĂ©rieur de la rĂ©gion et du territoire national ;

– La mise en place d’un systĂšme d’évacuations sanitaires des malades dans la rĂ©gion ;

– La levĂ©e de l’interdiction de circuler de certains types d’engins motorisĂ©s Ă  l’intĂ©rieur des villes chefs-lieux de provinces (Gorom-Gorom ; Djibo et Sebba) ;

– L’allĂšgement du couvre-feu Ă  l’intĂ©rieur des villes chefs-lieux de provinces ;

– La facilitation du retour des rĂ©seaux tĂ©lĂ©phoniques ;

– La rĂ©ouverture du Centre Universitaire Polytechnique de Dori ;

– L’arrĂȘt de la stigmatisation dans la lutte contre l’extrĂ©misme violent, la conduite d’enquĂȘtes rigoureuses et l’application de la loi sur les allĂ©gations d’exactions extra-judiciaires et l’ouverture des procĂšs des dossiers pendants en justice ;

– Le respect et la protection des dĂ©fenseurs des droits humains au Sahel ;

– Le contrĂŽle rigoureux des actions des Volontaires pour la DĂ©fense de la Patrie tel que prĂ©vu par la loi.

….

La coordination

Laisser un commentaire