🔮[Digne d’intĂ©rĂȘt] : Le pogrom de Nouna est totalement inacceptable (tribune de Mamadou Djibo)

0
834

 

Dans cette tribune, le philosophe Mamadou Djibo pose un diagnostic de la crise sécuritaire au Burkina Faso et propose une thérapie aux autorités de la transition.
Pour venir Ă  bout du terrorisme, il prĂ©conise au PrĂ©sident de la transition d’appliquer la tolĂ©rance zĂ©ro contre la contre la stigmatisation des communautĂ©s. Djibo reste convaincu que la victoire sur les forces du mal passe par une lutte sans merci contre la corruption surtout au sein de la grande muette.

Lire l’intĂ©gralitĂ© ici đŸ‘‡đŸœđŸ‘‡đŸœđŸ‘‡đŸœđŸ‘‡đŸœ

À la mi-avril 1994, mon frĂšre et ami Dr Boniface KaborĂ© et moi-mĂȘme signions une Tribune dans Le Droit, le quotidien d’Ottawa, Canada. Notre plume dĂ©nonçait le « Sauve-qui-peut » des Occidentaux abandonnant le peuple africain tutsi du Rwanda aux mains de ses bourreaux hutus extrĂ©mistes, tout autant africains.

Pour les massacres de Yirgou, j’ai interpellĂ© dans un poĂšme de compassion, le Gouvernement insouciant et comateux du rĂ©gime MPP lorsque survint ce pogrom dans « La RĂ©publique Ă  la Morgue » paru dans le faso.net. J’ai lancĂ© un appel, il y a dĂ©jĂ  trois mois, au vaillant Peuple souverain du Burkina, sur les vertus de pardon pour nous rassembler et nous rĂ©concilier Ă  l’occasion de la demande Ă©pistolaire de pardon de l’ancien PrĂ©sident Blaise CompaorĂ©.

Des prises de position intellectuelle sur la dĂ©tresse, la haine et l’esprit de mort qui Ă©treignent certains de nos compatriotes africains, ostracisĂ©s, stigmatisĂ©s et tuĂ©s lĂąchement sur le sol africain. Le faisant dĂšs 1994, alors doctorant Ă  l’UniversitĂ© d’Ottawa, j’étais loin de penser qu’un petit matin tumultueux, dans la ville d’une partie de mes parents, Nouna, dans le secteur 6, que la mĂȘme vermine allait frapper nos compatriotes peuls. Je condamne cette odieuse animalitĂ© orchestrĂ©e, vu la sĂ©lection opĂ©rĂ©e des concessions.

Winston Churchill, le Lion britannique, victorieux sur le chef nazi Hitler disait contre tous les lĂąches de Westminster, que l’on mĂšne et gagne une guerre au nom des valeurs et principes. Seules les valeurs du Burkindi que sont le pluralisme religieux, la tolĂ©rance, l’intĂ©gritĂ© et la justice comme Ă©quitĂ© et comme rĂ©paration sont constitutifs du droit des gens du Burkina, pour ainsi dire, le contenu local de ce Moment churchillien. Que le Chef SuprĂȘme des ArmĂ©es les incarne, alors la confiance du Peuple en son Gouvernement brillera de mille feux.

Nul besoin de s’énamourer d’armĂ©e privĂ©e, russe, amĂ©ricaine ou française. Soyons raisonnables. Machiavel lui-mĂȘme les taxait d’affreux soldats. D’ailleurs, pour nos ancĂȘtres, seule la levĂ©e de masses sied contre toute tentation hĂ©gĂ©monique. Les Bwaba, ce peuple respectable, le firent contre l’ordre colonial en 1916. Le PĂšre de l’ArmĂ©e, le PrĂ©sident YamĂ©ogo refusa net l’offre française. Pour lui, on ne confie pas la garde de sa case Ă  l’enfant d’autrui. Vous voulez une preuve de loyautĂ© militaire ? En voici une de LoyautĂ© militaire ancestrale. Qu’on s’y colle !

En effet, la crise aigĂŒe entre les djihadistes maliens du GSIM et ceux du djihad de EIGS va s’amplifier dans le Liptako-Gurma, exceptĂ©, le Sahel Occidental (frontiĂšre Mauritanie). Est-ce une raison de stigmatiser les peuls ou de lier son sort Ă  une affreuse armĂ©e privĂ©e ou Ă©trangĂšre ? D’abord l’armĂ©e privĂ©e Wagner de Prigojine a administrĂ© son inefficacitĂ© opĂ©rationnelle criarde Ă  ĂȘtre un plus aux cĂŽtĂ©s des FAMa.

Du centre, Mopti Ă  Douantza vers Bandiagara, le pays Bamana SĂ©gou et le pays SĂ©noufo Sikasso, Banfora, nous connaissons, certes, un gel qui n’est pas le fait de Wagner. Mais, historiquement, les revendications territoriales des Peulhs portent sur ces Ă©tendues du Mali central, le long du fleuve Djoliba, comme le territoire du proto-Etat peul ou Empire Peul du Macina (1818-1853).

Le territoire que le djihadiste Amadou Kouffa veut reconstituer. Cette rĂ©gion joue aujourd’hui, pratiquement, l’immĂ©diate pĂ©riode prĂ©cĂ©dant la pĂ©nĂ©tration coloniale française de 1880. Deux proto-Etats s’opposent. L’EIGS versus Empire Peul du Macina avec Al qaeda au sein du Mali pour razzier le Liptako Gurma. Mais l’identitĂ© nationale malienne est forte. Elle est la plus vieille de la sous-rĂ©gion. Le Mali survivra au maĂ«lstrom combinĂ© de djihadisme, de revendication irrĂ©dentiste peule, de sĂ©paratisme tamasheq et faillite morale du leadership. La vertu des Ă©lites marquera la fin du dĂ©litement de nos Etats post coloniaux.

En attendant, le Burkina paie, hĂ©las, la mĂȘme note sĂ©curitaire par convexitĂ©. Si un Etat sahĂ©lien se dĂ©lite par la corruption des Ă©lites, il Ă©chouera toujours Ă  assurer les services de base, Ă  rĂ©guler les vieux problĂšmes de nomadisme, rassemblements, pĂąturage et transhumance des bĂȘtes. C’est le constat au bord du Djoliba : DiafarabĂ©, DjennĂ©, Mopti, SĂ©varĂ© et jusqu’à la Falaise de Bandiagara. La crise du pastoralisme campe donc les crises. De SĂ©varĂ©, plus haut on a le Niger et plus bas, Tougan oĂč j’ai fait mes Ă©tudes collĂ©giales, Nouna, DĂ©dougou, Barani au Burkina Faso et San au Mali oĂč certains Peuls radicalisĂ©s, sont Ă  cheval entre les deux pays. Ils font face aux peuples grands cultivateurs sĂ©dentaires Sanans, Dafings, Bwaba et les allochtones Yarga etc.

Cette lecture historique ne saurait justifier pour autant les pogroms de Yirgou Ă  celui du pogrom peul de Nouna. C’est une grille de lecture qui renvoie nos gouvernants Ă  leur responsabilitĂ© historique et je dĂ©nonce cette fixation puĂ©rile sur l’ArmĂ©e française ou sa panne d’efficacitĂ© opĂ©rationnelle ou son refus du partage d’informations en renseignement technique avec nos forces. Il n’y a d’armĂ©e forte et efficace que d’Etat efficace, social et dĂ©mocratique. Proposons des contrats de combats coordonnĂ©s et sous commandement burkinabĂš aux forces militaires Ă©trangĂšres sur zone. Si elles sont partenaires, c’est un oui franc. Sinon, avisons. Nos choix sont souverains, encore faut-il qu’ils soient Ă©clairĂ©s, pragmatiques et pour l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Le Burkina nous a tout donnĂ©. DĂ©fendons- le, en Ă©tant responsable ! Solidaires autour du vivre-ensemble.

Le pogrom de Nouna est totalement inacceptable. Force doit rester Ă  la loi. Il n’y a pas de bavures pour tout gouvernement vraiment adossĂ© sur le Burkindi. Parce que « Toute vie est une vie. Chacun a le droit Ă  la vie et Ă  la prĂ©servation de son intĂ©gritĂ© physique. » dĂ©clare le Serment du MandĂ© de 1236. D’ailleurs ce MandĂ© Kalikan est inspirĂ© du Code Dozo dans l’exacte mesure oĂč l’Empereur, Mansa Soundiata KĂ©ita, lui-mĂȘme dozo, l’ « octroya » au grand MandĂ© en guise de Constitution comme le Professeur Ki-Zerbo le consigna. Dire qu’un dozo ou un VDP ou un soldat du Faso a pu se rendre coupable, complice ou commanditaire d’une telle cruautĂ©, le Procureur du Faso l’établira. Il y a matiĂšre.

Mais seul l’impĂ©ratif moral de punir les mĂ©chants, sied pour le citoyen lambda. A supposer mĂȘme que certains peuls soient manipulĂ©s au nom de la renaissance de l’Empire peul du Macina (nĂ© en 1818 et mort en 1853) tombĂ© en ruines avec les rivalitĂ©s du Roi Da Monzon Diarra de SĂ©gou. Rien n’explique la punition collective de nos compatriotes peuls. L’auto-saisine du Procureur du Faso et l’ouverture d’une enquĂȘte sont Ă  saluer. Mieux il sied la crĂ©ation d’un pool spĂ©cial d’enquĂȘtes qui fasse la lumiĂšre sur tant d’assassinats dont le plus rĂ©cent, c’est celui du pĂšre Jacques Zerbo de Gassan. La loi punit les mĂ©chants pour prĂ©venir l’agenda des revanchismes, des vendettas. Attention !

Si pour Yirgou, les responsabilitĂ©s situĂ©es n’ont pas Ă©tĂ© sanctionnĂ©es comme il se devait, la lĂąchetĂ© du Gouvernement MPP fut de demander pardon seulement au Koglweogo et leurs chefs, par souci d’équitĂ© et de patriotisme vrai, il fallĂ»t en faire autant pour la communautĂ© peule et chefs peuls. Aujourd’hui, nul patriote ou ami ou amoureux des enfants de ce pays, ne peut assumer le fait qu’il ne savait pas cette conduite irresponsable de l’autoritĂ© parce que sĂ©grĂ©gative. Il importe aujourd’hui plus qu’hier, que la rĂ©ponse Ă  la crise sĂ©curitaire le soit par l’exemplaritĂ© morale du leadership. Seules des politiques publiques dĂ©centes et l’engagement citoyen des hauts dirigeants pour le leadership de coalition victorieuse restent avant-gardistes.

Si hier le PrĂ©sident KaborĂ© avait la philosophie en anathĂšme, donc la pensĂ©e critique, aujourd’hui, le soldat-PrĂ©sident Ibrahim TraorĂ©, au milieu des enjeux de sĂ©curitĂ©, de stabilitĂ© de la Patrie et, au sommet des opĂ©rations de la troupe, doit savoir incarner, vu l’insurrection terroriste en cours, cette exemplaritĂ© par le lien ArmĂ©e-Nation. Il n’y a pas de construction d’Etat- Nation sans armĂ©e forte. L’Etat fort, social et efficace se jauge dans sa capacitĂ© de dĂ©livrance des services universels de base. Le droit Ă  la vie et la libertĂ© du corps propre de chacun d’aller et venir, sont des droits constitutionnels.

Gouverner par l’exemple et comme il est soldat-PrĂ©sident, il devra faire sienne la directive maoĂŻste qui prescrit qu’une armĂ©e doit se mouvoir comme le poisson dans l’eau avec sa population. Gagner le cƓur, remporter d’abord la bataille de l’amitiĂ© avec le peuple, c’est construire la confiance fluide de l’agir militaire raisonnable par le renseignement humain, donc avec les enfants de la Patrie.
Oui, la prĂ©servation de la paix et la sĂ©curitĂ© pour tous, gĂ©nĂšrent des contingences et imprĂ©vus politiques parfois dĂ©mentiels lorsqu’une Nation se trouve dans le tourbillon. C’est pourquoi, l’ArmĂ©e comme corps spĂ©cialisĂ© de la Nation se doit d’élever son niveau de conscience citoyenne.

Que ses chefs sculptent l’osmose synchronisĂ©e entre l’ordre dĂ©cisionnel et l’ordre opĂ©rationnel mais surtout, qu’ils restaurent une doctrine unique d’engagement de la puissance proportionnĂ©e sous une discipline de fer. Nonobstant toutes ces donnĂ©es techniques, si l’armĂ©e a perdu son Ăąme, elle ne gagnera jamais la guerre. D’oĂč gouverner par l’exemple, signifie, ici et maintenant, que l’ordre djihadiste ou sĂ©paratiste ne prĂ©vale pas au Faso, notre petit territoire comparĂ© Ă  ceux des voisins du Sahel.

La main ferme du PrĂ©sident doit sanctionner lourdement les dĂ©rives tribales et rĂ©gionales, dĂ©pouiller les corrompus de l’ArmĂ©e, mĂȘme de leurs grades. La corruption des personnels de sĂ©curitĂ© et de dĂ©fense en temps de guerre campe une trahison d’autant plus qu’ils sont sortis des Ecoles de guerre avec l’argent du contribuable. Le bon Peuple ne finance pas des idiots. Et puis, dans la mesure mĂȘme oĂč, la rĂ©publique est rĂ©duite, au nom de la lutte contre le terrorisme, Ă  une entitĂ© Ă©tatique avec une administration proconsulaire par les FDS, ils sont imputables. A la base de nos ressacs militaires, il y a donc cette corruption des Ă©lites.

En bas, survivent le tribalisme et la stigmatisation qui, Ă  leur tour, ventilent les soupçons, les accusations de complicitĂ©, les pogroms par les supplĂ©tifs et Ă©lĂ©ments zĂ©lĂ©s. Disons non Ă  l’assimilation absurde des paisibles populations Ă  des terroristes, que d’occurrences ruineuses de paix. En droit pĂ©nal, il n’existe point de punition collective. La responsabilitĂ© pĂ©nale de X ou de Y est individuelle. D’oĂč vient-il que la puissance de feu publique commette cette injustice immonde ? Nos soldats et VDP ne doivent pas se comporter comme une entreprise de promotion de la peur chez certaines communautĂ©s nationales au risque d’échouer Ă  tarir le vivier des recrutements terroristes.

Rassurer les populations constitue une aubaine, un outil efficace pour la lutte contre le terrorisme qui, je rappelle, se fait dans la durĂ©e pour dĂ©senkyster les djihadistes tandis que les opĂ©rations de contre-terrorisme, le propre des VDP et Dozos, demeure ponctuelles. Ce n’est donc pas la mĂȘme temporalitĂ© lors mĂȘme que nous visons, ensemble, la stabilisation sĂ©curitaire pour renforcer la paix conviviale ancestrale. Seules les FDS ont la mission d’adapter nos outils d’intĂ©gration rĂ©ussie aux prioritĂ©s de sĂ©curitaire domestique, de dĂ©fense et enjeux gĂ©opolitiques : djihadisme, crise du pastoralisme, stigmatisation, orpaillages, trafics d’armes, pĂąturages, souverainetĂ© alimentaire etc.

D’oĂč la nĂ©cessitĂ© institutionnelle d’une armĂ©e nationale forte, proactive et dĂ©finitivement rĂ©publicaine qui incarne la Nation. Sans l’exemplaritĂ© morale et la gouvernance par la vertu, jamais une telle armĂ©e n’émergera. Il est constant qu’une armĂ©e corrompue ne peut tenir ses positions dans l’efficacitĂ© opĂ©rationnelle, commandĂ©e par un Etat-major dont certains officiers supĂ©rieurs, il n’y a pas si longtemps, volaient leur grade pour ensuite fuir.

C’est le comble dans l’ArmĂ©e crĂ©Ă©e par le patriote, le PrĂ©sident Maurice YamĂ©ogo, vaillamment commandĂ©e par les officiers d’honneur comme les GĂ©nĂ©raux Lamizana, Sy, Garango, les officiers Zerbo et Badembié  Je ne connais pas le nom d’un seul GĂ©nĂ©ral dont les Ă©toiles sont Ă©blouissantes, aujourd’hui. L’Institution doit redorer son prestige. Les CDR, le RSP et aujourd’hui les VDP, nonobstant leur patriotisme, risquent de tuer la premiĂšre force des armĂ©es : la discipline. Et par lĂ  mĂȘme, la doctrine unique d’engagement, la chaĂźne de commandement, le protocole strict des avancements.

Si nous ne sommes plus burkindi, nous sommes donc des entrepreneurs du mensonge et nos dirigeants, des bluffeurs. Le mensonge et la peur ne commandent Jamais un destin intĂšgre. Sortons de la dĂ©testation d’autrui et de la quĂȘte irresponsable des bouc-Ă©missaires Ă  nos propres choix dĂ©raisonnables. L’irresponsabilitĂ© des nĂŽtres est meurtriĂšre. Assez de ces anathĂšmes farfelus sur la France ! Il faut s’assumer parce que nous sommes des peuples respectables. 62 ans d’indĂ©pendance, c’est peu par rapport Ă  l’hĂ©gĂ©monie millĂ©naire.

Mais la conscience nationale rattrape le gap comme mĂ©moire et anticipation heureuse. J’ai foi et la foi est lumiĂšre. L’impasse destinale dans laquelle nous pataugeons depuis bientĂŽt quatre dĂ©cennies, engage chacun et chacune au sursaut d’ñme pour vivre digne. C’est notre moment churchillien de supplĂ©ment d’ñme. Sortons des Ă©curies politico-prĂ©sidentielles avec leurs haines thĂ©saurisĂ©es. Accomplissons la justice, la tolĂ©rance, le discernement au nom du vivre ensemble. Dieu assiste nos dirigeants !

Mamadou Djibo BaanĂš-BadikiranĂš
Philosophe

Laisser un commentaire