🔮 [DIGNE D’INTÉRÊT] – « Attention au risque d’une vraie guerre civile ! » (Alpha Barry)

L’ancien ministre des Affaires Ă©trangĂšres Alpha Barry a prĂ©venu, mardi, le « risque d’une vraie guerre civile » et ce, au regard, selon l’ancien patron de la diplomatie, « [des] derniers appels Ă  l’extermination des Peuls dans la rĂ©gion du sud-ouest [du] Burkina Faso Ă  travers des audios ». Nous vous proposons l’intĂ©gralitĂ© de la tribune du ministre Barry via sa page Facebook.

La prise de parole sur les questions communautaires n’est jamais aisĂ©e. Mais il est des moments oĂč se taire devient coupable, disait un homme politique africain. Les derniers appels Ă  l’extermination des Peuls dans la rĂ©gion du sud-ouest de notre pays le Burkina Faso Ă  travers des audios nous oblige Ă  parler.

Avec le Chef coutumier de DiĂ©bougou – AoĂ»t 2019

En effet, ce que nous entendons Ă  travers certains audios qui circulent est plus qu’inquiĂ©tant pour des populations peuls innocentes installĂ©es dans cette rĂ©gion. C’est aussi inquiĂ©tant pour notre cohĂ©sion nationale et notre vivre-ensemble. Curieusement, certains appels sont lancĂ©s par des immigrĂ©s. Ces derniers trouvent-ils acceptable que si un burkinabĂš au Canada ou aux États-Unis commet un crime, canadiens et amĂ©ricains doivent exterminer tous les burkinabĂš vivant dans ces pays ? Je crois que non !

Avec la CommunautĂ© peul Ă  DiĂ©bougou en compagnie du Gouverneur de la rĂ©gion du sud-ouest – AoĂ»t 2019

Je pense qu’il faut savoir raison garder dans cette affaire. Le rĂŽle de nous intellectuels n’est pas d’allumer le feu, ni d’encourager la stigmatisation, les reprĂ©sailles et les exactions contre une communautĂ©. C’est une grosse erreur que de penser qu’il faut aller s’en prendre Ă  des innocents. Parce que partout oĂč les gens ont pensĂ© que c’était la solution, ils ont plutĂŽt plongĂ© leur rĂ©gion et leurs villages dans des drames.
Ce que nous avons constatĂ© jusque-lĂ , c’est que voulant se faire les justiciers de ces populations victimes d’autres populations en l’occurrence en voulant se faire les justiciers des peuls, les terroristes concentrent leurs efforts sur cette zone qui devient sinistrĂ©e Ă  jamais.

Certes, nos FDS font de gros efforts jusqu’au prix de leur sang. Nous leur rendons hommage pour ces efforts et ces sacrifices mais savons qu’elles Ă©prouvent des difficultĂ©s Ă©normes dans la sĂ©curisation de l’ensemble du pays. Nous devons continuer Ă  les aider Ă  faire un bon travail.

Avec le dĂ©funt Chef coutumier de Gaoua (paix Ă  son Ăąme ! ) – AoĂ»t 2019

Sinon les mauvais exemples sont nombreux. Qu’est devenu Yirgou pour ne prendre que cet exemple. Il n’y a plus vĂ©ritablement d’Ăąme qui vive dans toute cette zone du centre-nord de notre pays depuis les tueries de janvier 2019. Les terroristes se sont organisĂ©s et ont semĂ© la terreur chassant tout le monde. Nous avons tous pleurĂ© des dizaines de FDS tombĂ©es dans cette zone Ă  travers embuscades, explosion de mines artisanales, attaques de dĂ©tachements. Aujourd’hui, Yirgou, Barsalogho, FoubĂ©, Kelbo, etc toute cette zone n’est que l’ombre d’elle-mĂȘme malgrĂ© l’installation de dĂ©tachements militaires… et malgrĂ© les kolgweogos puis les VDP. Depuis lors, on n’a que des villages fantĂŽmes avec des centaines de milliers de dĂ©placĂ©s Ă  Kaya, Ă  Barsalogho.

Donc, il nous faut conjuguer nos efforts pour ne pas crĂ©er des facteurs aggravants de la crise. C’est aux autoritĂ©s, aux intellectuels que nous sommes et aussi aux fils de la rĂ©gion de faire comprendre que ce soit au Mali ou ailleurs au Burkina, s’en prendre aux populations peuls ne fait qu’aggraver la situation. Une fois qu’on aura exterminĂ© les populations peuls (Dieu nous en garde et je touche du bois) dans leur campement, comment ça va se terminer ? Ceux qui auront commis ces forfaits auront-ils la paix aprĂšs ! Je ne crois pas parce partout oĂč on a choisi cette solution, les consĂ©quences ont Ă©tĂ© plus graves. Y a t’il la paix et la sĂ©curitĂ© aujourd’hui Ă  KaĂŻn aprĂšs la tuerie de 146 villageois peuls en fĂ©vrier 2019 ? A Barga aprĂšs l’extermination de 43 villageois peuls en mars 2020, etc ? Non ! Donc faisons la part des choses et ayons une approche plus lucide.

Lors de la visite du PrĂ©sident Mohamed Bazoum en octobre 2021, la partie burkinabĂš pendant la sĂ©ance de travail entre les deux dĂ©lĂ©gations Ă  la Presidence du Faso, Ă  eu droit Ă  un exposĂ© sur l’approche nigĂ©rienne avec une hypothĂšse de travail qui se rĂ©sume Ă  ceci : Si la majoritĂ© des terroristes sont peuls, plus de 90% des peulhs ne sont pas terroristes. Donc, il faut en tenir compte dans la gestion de la crise que nos pays traversent.
Mieux, il faut comprendre plutÎt que la majorité des peuls sont victimes du terrorisme, pour ne pas dire que les peuls sont les premiÚres victimes du terrorisme.
Combien sont-ils qui ont Ă©galement fui leurs villages et leurs terres ? Combien sont-ils qui ont perdu leur bĂ©tail, la principale ressource Ă©conomique de ces populations ? Combien sont-ils morts ? Le recensement des victimes du drame de Seytenga a fait ressortir que 90% des 86 victimes dĂ©clarĂ©es sont peuls. Et pourtant des audios ont circulĂ© au lendemain de la barbarie de Seytenga pour appeler Ă  s’en prendre aux peuls. Heureusement que les autoritĂ©s politiques et coutumiĂšres se sont levĂ©es pour dire non. Il faut saluer leurs rĂ©actions. Cela doit continuer.

Avec la communautĂ© peul de Gaoua en compagnie du Gouverneur de la rĂ©gion du sud-ouest – AoĂ»t 2019

Il faut donc, au risque de me rĂ©pĂ©ter, avoir une certaine luciditĂ© dans l’approche, sinon on va plonger la rĂ©gion du sud-ouest comme d’autres rĂ©gions de notre pays oĂč on a choisi la stigmatisation, les reprĂ©sailles et les exactions comme solution.

En 2019, sentant le danger qui planait sur l’ensemble de notre pays au regard de l’Ă©volution de la menace terroriste, j’ai personnellement pris mon bĂąton de pĂšlerin pour sensibiliser nos populations et prĂŽner la cohĂ©sion sociale et le vivre-ensemble. Je me suis rendu Ă  Po, LĂ©o, Tougan, Dedougou, Tenkodogo, Djibo, Dori, Bobo-Dioulasso, Banfora, DiĂ©bougou, Gaoua. Cette initiative personnelle avec d’autres bonnes volontĂ©s venait de la conviction qu’en tant qu’intellectuel, autoritĂ© (j’Ă©tais ministre) ou leader peul, il fallait parler Ă  nos populations, avec un langage franc, sur les dangers qui nous guettaient Ă  savoir le terrorisme et ses consĂ©quences sur la cohĂ©sion sociale et le vivre-ensemble. Des voix se sont Ă©levĂ©es, mĂȘme au plus haut niveau, pour dire que j’Ă©tais dans une opĂ©ration politique ou de promotion personnelle. Et pourtant c’est ce travail qu’il fallait faire depuis le dĂ©but et que nous devons tous continuer de faire.

Aujourd’hui, il revient donc aux autoritĂ©s politiques, au fils des rĂ©gions concernĂ©es intellectuels et coutumiers et Ă  tous les leaders d’aller sur le terrain, de rencontrer les populations, de mener des actions fortes pour prĂŽner la cohĂ©sion et le vivre-ensemble qui sont le ciment de notre nation. Sinon le risque d’une vraie guerre civile n’est pas loin. On doit ĂȘtre convaincu que ça n’arrive pas qu’aux autres.
Dieu nous en garde et nous garde ensemble !

Alpha Barry
Ancien Ministre

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Lamine TraorĂ© est journaliste depuis prĂšs d’une dizaine d’annĂ©es. Il a intĂ©grĂ© Radio OmĂ©ga en 2013, la principale radio privĂ©e d’information au Burkina. Ce reporter qui a plusieurs fois dirigĂ© le service multimĂ©dia, est aujourd’hui l’un des rĂ©dacteurs de la radio. TrĂšs polyvalent, en radio, au web comme en tĂ©lĂ©vision, Lamine TraorĂ© est confirmĂ© en mars 2018 Correspondant de la Voix de l’AmĂ©rique (VOA Afrique) / Service Afrique francophone. Depuis lors, il rĂ©alise des reportages aussi bien pour la radio que pour la tĂ©lĂ©. Lamine TraorĂ© a beaucoup voyagĂ© et a rĂ©alisĂ© des reportages en Afrique, en Europe et en Asie.

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