🔮 [DIGNE D’INTÉRÊT] – Les putschistes en Ă©chec face aux djihadistes au Burkina et au Mali

Dans un document de la « Deutsche Welle », le mĂ©dia rĂ©vĂšle que l’arrivĂ©e au pouvoir des juntes notamment au Burkina Faso et au Mali, n’a pas permis de stabiliser la situation sĂ©curitaire, principal motif de ces coups d’Etat.

Avec la Deutsche Welle

En dĂ©pit des affirmations des militaires maliens et burkinabĂš, les attaques augmentent tandis que l’armĂ©e malienne a tuĂ© plus de civils que les extrĂ©mistes.

Les putschistes maliens et burkinabĂš sont arrivĂ©s au pouvoir en justifiant leur coup de force par l’incapacitĂ© des autoritĂ©s civiles de restaurer la sĂ©curitĂ© sur le territoire. Mais les chiffres que la DW a rassemblĂ©s, en grande partie grĂące au travail de l’Acled (Armed Conflict Location & Event Data Project) , montrent que l’action des militaires n’a apportĂ© aucun rĂ©sultat sur ce point.
Pire encore, les massacres de civils ont augmenté, surtout au Mali.

Le colonel Assimi GoĂŻta, Ă  la tĂȘte de la junte qui a pris le pouvoir Ă  Bamako, ou encore le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, qui dirige les putschistes Ă  Ouagadougou, ont beau affirmer que leur armĂ©e remporte des victoires sur le terrain, les chiffres contredisent pour l’instant leurs dĂ©clarations.
La courbe ci-dessous montre que les attaques de groupes rebelles, djihadistes ou autres, n’ont pas diminuĂ© depuis le premier coup d’Etat au Mali du 18 aoĂ»t 2020. Au contraire, elles ont augmentĂ© en 2021 et les prĂ©visions du Centre d’Ă©tudes stratĂ©giques pour l’Afrique sont pessimistes.

MĂȘme en se contentant des chiffres actuels de l’Acled, soit 349 attaques de groupes rebelles, les cinq premiers mois de l’annĂ©e sont pires que 2021, dĂ©jĂ  une annĂ©e noire en matiĂšre de violences.

Mais qui pourrait espérer que les militaires au pouvoir résolvent un problÚme qui dure depuis des années et, il faut bien le dire, dont ils ne sont pas responsables ?
Car la litanie des massacres, celle de l’horreur, se rĂ©pĂšte au Mali. Comme l’attaque du village d’Ogossagou, proche de Mopti, dans le centre du pays.

Massacres et charniers
En mai 2019, la Minusma, la force militaire de l’Onu au Mali, expliquait dans un rapport que « le samedi 23 mars 2019, aux alentours de 5h du matin, un groupe composĂ© d’au moins une centaine d’hommes armĂ©s, identifiĂ©s comme des chasseurs traditionnels (dozos) et accompagnĂ©s par une dizaine d’hommes en tenue militaire et d’autres en tenue civile, a menĂ© une attaque planifiĂ©e, organisĂ©e et coordonnĂ©e sur la partie peule du village d’Ogossagou”.

Les assaillants ont tuĂ© 157 personnes ce jour-lĂ . Le 14 fĂ©vrier 2020, une nouvelle attaque frappera ce mĂȘme village avec cette fois un bilan de 21 morts.

Le 8 aoĂ»t 2021, soit aprĂšs le second putsch du 24 mai 2021, ce sont cette fois 51 personnes qui sont tuĂ©es dans des attaques simultanĂ©es contre les villages de Karou, Ouatagouna et Daoutegeft, dans la rĂ©gion de Gao, dans l’est du pays.
En mars dernier, un charnier est découvert prÚs de Dogofry, dans le cercle de Niono, avec environ 35 corps.
Mais si les militaires ne sont pas responsables d’une tragĂ©die qui dure depuis des annĂ©es au Mali, leur prise du pouvoir par la force, en dĂ©pit de leurs promesses, n’a pas amĂ©liorĂ© la sĂ©curitĂ© des populations.
Elle l’a mĂȘme aggravĂ© selon les chiffres que nous publions aujourd’hui.
Des centaines de civils tués par les forces de sécurité
Selon une enquĂȘte rĂ©cente de la fondation allemande Friedrich Ebert, 95% des Maliens seraient satisfaits de l’action de la junte au pouvoir. Les putschistes se sont en effet rendus populaire avec un discours anti-français et en flattant un sentiment nationaliste qui se nourrit d’annĂ©es de frustrations.
Mais qu’en est-il dans le centre du pays, autour de Mopti ou plus au nord vers Gao ? Les habitants de ces rĂ©gions sont-ils aussi convaincus de l’action des FAMa ou de leurs alliĂ©s russes ?
Car 550 personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es en cinq mois, depuis le dĂ©but de l’annĂ©e, lors de violences commises contre les civils par les forces armĂ©es maliennes.
C’est plus que ce que les groupes rebelles ont pu massacrer de leur cĂŽtĂ©.

Le massacre de Moura y est pour beaucoup. Ce village, situĂ© entre Mopti et DjennĂ©, dans le centre du pays, a Ă©tĂ© le thĂ©Ăątre d’une tuerie qui a durĂ© plusieurs jours.
Les soldats maliens, associĂ©s Ă  des combattants Ă©trangers, sans doute russes, sont accusĂ©s par Human Rights Watch d’avoir exĂ©cutĂ© 300 civils qu’ils soupçonnaient ĂȘtre des djihadistes. Le massacre aurait Ă©tĂ© perpĂ©trĂ© entre le 27 et le 31 mars.
La justice malienne a ouvert une enquĂȘte dont on attend toujours les rĂ©sultats tandis que les autoritĂ©s de Bamako ont empĂȘchĂ© les enquĂȘteurs de l’Onu de se rendre sur place.
L’Ă©missaire de l’Onu pour le Mali, El-Ghassim Wane, a affirmĂ© que « l’autorisation de dĂ©ploiement d’une mission intĂ©grĂ©e n’a pas Ă©tĂ© autorisĂ©e malgrĂ© un engagement important auprĂšs des autoritĂ©s nationales ».
Pendant ce temps, Bamako continue de clamer des victoires. « Dix-neuf terroristes et trois groupes armĂ©s” auraient ainsi Ă©tĂ© Ă©liminĂ©s par les forces armĂ©es maliennes depuis le 22 mars, selon un communiquĂ© de l’Ă©tat-major gĂ©nĂ©ral publiĂ© dĂ©but avril. D’autres dĂ©comptes ont suivi.
Moscou a fĂ©licitĂ© la junte malienne pour sa « victoire importante” contre le terrorisme Ă  Moura et a en mĂȘme temps bloquĂ© une demande du Conseil de SĂ©curitĂ© d’avoir une enquĂȘte indĂ©pendante sur ce massacre.

Le coup d’Etat qui aide les djihadistes

Au Burkina Faso, la situation est aussi dramatique et lĂ  encore, la junte au pouvoir se montre impuissante face Ă  l’emprise grandissante des djihadistes sur le pays.
Les attaques meurtriĂšres se multiplient en effet depuis le putsch du 23 janvier.

Le dernier massacre de civils a fait une cinquantaine de victimes, le 25 mai, dans la commune de Madjoari, dans l’est du pays, prĂšs de la frontiĂšre avec le BĂ©nin.
Selon le ministĂšre de l’Administration territoriale, un groupe de civils qui fuyait l’encerclement de leur ville par les djihadistes a Ă©tĂ© attaquĂ© au niveau d’un pont par un groupe armĂ© non identifiĂ©. Toutes les victimes sont des hommes.
Comme d’autres communes du nord et de l’est du Burkina Fasso, telles que Djibo et Titao, celle de Madjoari a Ă©tĂ© placĂ©e sous blocus par les djihadistes qui opĂšrent dans cette rĂ©gion. L’armĂ©e burkinabĂš ne parvient pas Ă  libĂ©rer les habitants de ces villes assiĂ©gĂ©es et rĂ©ussit parfois Ă  faire passer des convois de ravitaillement.

Les violences djihadistes autour de Madjohari ont dĂ©jĂ  causĂ© la mort de 17 civils et onze militaires les 14 et 19 mai derniers. Mais ce nouveau massacre est le plus grave depuis celui perpĂ©trĂ© il y a prĂšs d’un an Ă  Solhan, dans le nord-est, qui avait fait 132 morts.
Depuis le coup d’Etat militaire, le bilan est terrible : prĂšs de 700 attaques ont eu lieu dans ce pays et ont causĂ© la mort de plus de 400 personnes, soit largement plus que lors de la mĂȘme pĂ©riode l’annĂ©e derniĂšre.
L’insĂ©curitĂ© s’est donc accrue et selon l’Acled, les djihadistes ont « tirĂ© avantage de la rupture dans la chaine de commandement” militaire consĂ©cutive du putsch du 23 janvier.

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