[INVITÉ] – « Les déplacés veulent être écoutés et se sentir aimés ». (Évêque de Ouahigouya)

« Les personnes déplacées internes (PDI) expriment bien souvent le besoin d’être écoutées et de sentir aimées. Quand j’arrivais encore à aller à Bourzanga, c’était vraiment leur cri de cœur que quelqu’un les écoute, que quelqu’un sache comment ils souffrent un peu avant l’aspect nourriture », relate Monseigneur Justin Kientéga évêque de Ouahigouya où un grand nombre de PDI persécutées par des incursions terroristes ont trouvé refuge dans des camps. Interrogé par Brigitte Yoda, il parle entre autres de l’accompagnement de l’Eglise envers les personnes déplacées internes (PDI) ainsi que de l’importance de la prière et du pardon pour parvenir à la paix.

Radio Oméga : Vous êtes l’évêque de Ouahigouya et votre ville accueille de nombreux PDI qui ont fui l’insécurité, dites-nous comment est la situation dans votre localité ?

Mgr Justin Kientéga : Nous rendons grâce à Dieu, comme vous l’avez dit nous avons pu accueillir des frères et des sœurs, des adultes, des enfants dans la ville de Ouahigouya. Mon diocèse va jusqu’à Kongoussi et tout ça, c’est le grand centre où il y a des PDI : Kongoussi et puis Ouahigouya. Donc dans ces deux grandes villes là on a beaucoup de PDI. L’église s’est organisée au départ avec les communautés chrétiennes de base (CCB) pour accueillir ceux qui venaient, les loger chez eux, partager le peu qu’ils avaient et ensuite bien sûr avec l’Ocades Caritas nous avons rassemblé quelques biens, des vivres et des vêtements pour pouvoir distribuer à ces PDI là. Et actuellement c’est grâce à des organismes à nos amis qui sont à Limoges, c’est un diocèse jumelé qui nous appuie dans l’aide de ces déplacés-là. Mais ce qui est important pour nous c’est qu’avec le prêtre chargé des migrants on a organisé des moments de rencontre avec eux surtout sur Ouahigouya et de temps en temps je célèbre la messe avec l’un ou l’autre groupe pour essayer d’avoir un peu plus de sérénité, voilà un peu l’accompagnement. Présentement nous sommes en train de former un prêtre pour venir s’occuper de ces personnes-là. Accompagnement psychologique de ces personnes qui sont tourmentées. Quand j’arrivais encore à aller à Bourzanga, c’était vraiment leur cri de cœur que quelqu’un les écoute, que quelqu’un sache comment il souffre un peu avant l’aspect nourriture et tout cela. Ils veulent être écoutés et veulent se sentir vraiment être aimé encore par rapport à ces gens qui ne les ont pas aimés qui les ont fait partir loin de chez eux. Voilà un peu comment nous nous organisons un peu.

Radio Oméga : Justement parlant de Bourzanga, le détachement militaire de Bourzanga a été attaqué on a 5 soldats qui ont été tués, est-ce que la situation ne vous inquiète pas encore plus ?

Mgr Justin Kientéga : Oui c’est toujours inquiétant bien sûr comme je le disais j’arrivais à aller là-bas au début des attaques mais actuellement il m’est difficile d’y aller. Nous sommes inquiets et présentons nos condoléances à toutes ces personnes qui ont perdu des leurs militaires ou civiles et nous prions pour tous ceux qui sont blessés dans cette attaque là et nous prions surtout pour que la paix revienne. Comme on l’a toujours dit, ce sont des Burkinabè contre des Burkinabè, c’est vraiment dommage nous prions et que chacun prenne vraiment reprenne le bon chemin : le chemin de la conversion, le chemin de vouloir vivre en paix les uns avec les autres. Ce matin, le père parlait bien sûr du pardon qui est là. Il faut pardonner parce que nous en regardant Jésus-Christ qui est sur la croix, qui est mort et qui a pardonné nous demandons cette grâce-là pour qu’il ait la paix.

Radio Oméga : Vous avez parlé du père Jacques Poirier qui célèbre 50 ans de vie sacerdotale, c’est pour ça que vous êtes là à la paroisse Saint Jean XXIII quel est le message que vous avez à lancer justement à l’occasion de cet anniversaire ?

Mgr Justin Kientéga : Le père Jacques Poirier est un canadien, il a commencé bien sur son ministère au Burundi. Là maintenant il est venu servir comme je l’ai dit à Koudougou et il est parti au canada, il est revenu de nouveau, nous rendons grâce à Dieu pour cet amour de l’Afrique de sa population quel que soit sa religion et on appelle à ce que là où il est, il doit créer un climat où il fait bon vivre, de fraternité, que nous voyons des blancs qui viennent vivre avec nous quel que soit notre façon de vivre c’est merveilleux donc s’accepter dans la différence bien sûr dans nos manières de voir et dans la manière d’agir. Et c’est beau donc on appelle ce que cette diversité là où nous sommes de la même famille et nous prions pour le père afin qu’il continue toujours à témoigner de cette universalité. bien sûr que la fraternité que nous avons tous du même Dieu qui a fait que nous sommes tous frère et sœur quel que soit nos couleurs, quel que soit nos religions et quel que soit bien sûr notre culture.

RADIO Oméga : Le diocèse de Ouahigouya a été éprouvé on le sait avec des attaques, des prêtres qui ont été tués à cause de leur appartenance religieuse, comment parvenez- vous à être résilients ?

Mgr Justin Kientéga : A Ouahigouya il y a eu beaucoup de laïcs qui ont été tués à cause de leur foi, des paroisses qui ont été fermées… Grâce à la prière on tient bon, on se dit il y a de l’espoir et on s’implique, on essaie d’aider les uns les autres à trouver des activités pour ne pas baisser les bras, pour ne pas rester là toute la journée à ruminer ses angoisses. Il y a de l’espoir pour pouvoir aller et surtout la jeunesse que nous essayons de récupérer un peu dans nos écoles, dans nos établissements pour leur dire courage, ne baissez pas les bras. Il y a eu la peine, il y a la croix mais il y a la résurrection c’est ça qui nous fait aller de l’avant.

RADIO Oméga : on a en mémoire la sœur Suellen Tennyson, la sœur américaine qui a été enlevée à Yalgo, est-ce qu’on a des nouvelles d’elle depuis le 7 avril ?

Mgr Justin Kientéga : Je suis de Ouahigouya, c’est peut-être l’évêque de Kaya qui pourrait vous dire sinon je n’ai pas de nouvelles de la sœur. Nous prions pour elle et bien sûr que ses ravisseurs aient un cœur sensible et que l’on retrouve la sœur en bonne santé.

 

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