Burkina – Coupure d’Internet mobile : 192 heures de silence pour les victimes de l’attaque d’Inata ?

Que l’internet mobile soit. Et il fut. Ainsi en a décidé le gouvernement hier dimanche, 192 heures après la suspension le 20 novembre dernier. 8 interminables journées et 8 nuits aussi longues sans internet pour la quasi-totalité des burkinabè connectés. « Enfin », ont dû souffler certains, d’autres l’ont crié haut et fort sur les réseaux sociaux qui leur servent finalement d’exutoire.

C’est d’ailleurs à force de vociférer sur Facebook, qu’ils se sont vus couper internet sur leurs ‘chine-toks’ et autres smartphones. Après le drame de Inata, la colère était perceptible, expressive, appelant à des marches, et même à la démission du Président du Faso. Des appels qui se faisaient trop bruyants aux oreilles du pouvoir, au point d’être assourdissants.

Sans oublier les nombreuses réactions hostiles à la France, au moment où un convoi militaire français était bloqué à Kaya, Centre nord. Même si le chef de la diplomatie burkinabè assure qu’aucun lien n’existe entre ce dernier fait et la coupure d’Internet mobile, les réactions de ceux qui étaient encore en ligne montraient qu’ils n’étaient pas convaincus. D’autant plus que l’interruption des données mobiles est intervenue peu après que le convoi militaire a démarré de Kaya pour faire demi tour vers le centre du pays, après plusieurs jours de manifestations bruyantes, relayées sur les réseaux sociaux.

Le pays avait pourtant besoin d’un « silence […] pour enterrer dignement nos soldats », dixit le ministre porte-parole du gouvernement, Ousséni Tamboura. C’est d’ailleurs lui qui a signé cette note du 22 novembre qui a tenté d’expliquer, du moins de justifier cette coupure inédite. Dans le communiqué, des raisons de défense et de sécurité sont invoquées, sans autre précision. Attention secret défense !

Pour plus d’un burkinabè, ce n’était que de la poudre aux yeux bien ouverts des Burkinabè. L’argument ne passe pas, et la manière sied encore moins. Cet acte qualifié par beaucoup, et à juste titre, de violation de la liberté d’expression, paraît comme une camisole de force imposée de façon indifférenciée à des citoyens libres, qui ne demandaient qu’à s’exprimer et mener leurs diverses activités. L’on se croirait en Corée du Nord. L’exemple est extrême, mais il est évident que nous sommes loin, bien loin de ce que l’on imaginait de ce Burkina Faso post insurrection.

Attention, ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait baisser la fièvre. Ce rappel du Président du Faso Roch Kaboré dans son adresse à la Nation de jeudi dernier vaut pour tous, à commencer par ceux qui ont la charge de veiller à la bonne santé du patient Burkina Faso.

Abdoul Fhatave Tiemtoré

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