Afghanistan – Ce pays à l’histoire aussi accidentée que sa géographie

L’ Afghanistan ou « le tombeau des empires », ce pays multi-ethnique et tribal du moyen orient n’a jamais aussi bien porté son nom. Après l’éjection des britanniques au 19me siècle et les russes en 1989 sur fond de guerre froide, c’est au tour des occidentaux avec à leur tête les États-Unis, première puissance militaire du monde de fuir ce pays, laissant armes et bagages derrière. Ils fuient à l’arrivée des talibans. Chassés par ces mêmes occidentaux il y a 20 ans, ces islamistes sont entrés dans Kaboul au terme d’une guerre éclaire face à une armée afghane mieux équipée et mieux formée mais corrompue. Retour sur une nième débâcle dans ce pays à l’histoire aussi accidentée que sa géographie.

Nous sommes le 11 septembre 2001, deux avions kamikazes détournées par Al-Qaida s’écrasent contre les tours jumelles à New-York faisant près de 3000 morts. Georges W. Bush, alors président des Etats-Unis déclare la guerre à Al-Qaida. Washington accuse notamment le régime taliban de fournir gites et couverts aux combattants de cette organisation et demande alors aux talibans de les leur rendre. Alors au pouvoir en Afghanistan depuis 5 ans après la chute du régime communiste qu’ils ont contribué à combattre avec le soutien des américains et après une guerre civile, ces islamistes s’étaient emparés du pouvoir en 1996 et avait instauré la loi islamique « charia » : les femmes ne pouvaient plus travailler, elles doivent être voilées, ils organisent des exécutions publiques etc.
Face au refus de livrer les leaders d’Al-Qaida, une coalition internationale menée par les Etats-Unis entre en Afghanistan en octobre 2001, les talibans fuient, Bush célèbre. « Grâce à notre armée et à nos alliés et aussi aux braves combattants afghans, le régime taliban arrive à sa fin. »
Les talibans prennent le maquis et mènent une guérilla. Les attentats meurtriers sont quotidiens. Ils sont aidés par les divisions tribales et politiques du pays, la corruption, les bavures militaires mais aussi la déstabilisation de l’Iraq depuis 2003. Ils se financent notamment par la culture du pavot et de l’opium dans les territoires qu’ils contrôlent.

De l’autre côté de l’Atlantique, Donald Trump qui a toujours critiqué cette guerre veut ramener ses soldats à la maison. Il négocie avec les talibans, signe un accord à Doha au Qatar le 29 février 2020 et amorce le retrait du pays.
Joe Biden arrive et accélère le retrait, les talibans reprennent l’offensive et conquièrent assez rapidement le sud du pays parfois sans résistance de la part des soldats afghans. Ces derniers fuient dans les pays voisins ou se rendent aux talibans. Le 15 août dernier, seulement quelques semaines après leur offensive, ils marchent sur Kaboul, le président Ashraf Ghani fuit aux Emirats arabes unis, c’est la débâcle des occidentaux, qui évacuent illico presto leurs embrassades. L’échec est cuisant et est comparé au scenario vietnamien. Comment ce groupe d’à peine 75 000 combattants a réussi à faire plier les grandes puissances avec leur avions et chars dernier cri ? Ce cas afghan sera sans doute étudié par les stratèges militaires dans les écoles de guerres du monde.
De son coté, Biden ne regrette rien, pour lui il appartient aux afghans de lutter pour leur pays. Trump qualifie cette débâcle de « plus grande honte dans l’histoire des Etats-Unis ». Partout dans le monde, on craint la résurgence du terrorisme, les afghans craignent des représailles, le retour aux années d’horreurs et tentent par tous les moyens de quitter le pays.
Les évacuations d’occidentaux se poursuivent alors que dans la vallée du Panjshir, dans le nord-est de l’Afghanistan, une résistance menée par d’Ahmad Massoud, le fils du défunt commandant Massoud, s’organise sans grand moyen, face à des talibans plus que jamais ragaillardis, disposant de matériel de guerre occidental dernier cri en quantité laissé par l’armée afghane.

Emma Lompo

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